Honneur au placenta, sa sagesse et ses rituels

Dans le monde des naissances, le placenta est mal mené, précipité et sous-estimé. Le bébé tout juste né, il devient une menace d’hémorragie. Tant qu’il n’est pas sorti et déclaré complet, on s’acharne sur lui. On le précipite par médication, on tire dessus, on brise le cordon, et s’il le faut on va le chercher à deux mains. Il fini brûlé, parmi les déchets bio-médicaux.

Accoucher avec une médecine qui voit le placenta comme négligeable et menaçant, a causé un dégoût du placenta chez les parents de l’ère moderne. La plupart ne veulent pas le voir, ni même en entendre parler.

Dans le nouveau paradigme des naissances, le placenta est vu d’un autre oeil,  les femmes l’accouchent elles-même après un accouchement naturel, où la sécrétion d’ocytocine a été 100% respectée et optimisée. Le placenta naît dans l’heure suivant la naissance et il y a très peu de saignements.

Le rôle du placenta

Le placenta est un organe filtre à double sens. Dans l’un, il prend les éléments nutritifs du sang de la mère et les envoie dans le sang du bébé. Dans l’autre,  il élimine les déchets dans le sang du bébé en les envoyant dans le sang de la mère.

Au moment où le nouveau-né prend ses premières respirations, c’est près du tiers de son volume sanguin qui est encore dans le placenta. Son coeur s’assurera de vider le sang du placenta, favorisant une transition néonatale optimale, et un début de vie avec 100% de sa totalité sanguine.

Couper le cordon ombilical sans laisser le sang foetal du placenta retourner au bébé, est sans aucun doute le premier crime contre la personne qui nous menace.
Voici une vidéo explicative du phénomène des transferts sanguins à la naissance (anglais)

Il y a cette croyance répandue par la science médicale des naissances, qu’après 2 minutes il n’est plus nécessaire d’attendre pour couper le cordon. Le coeur du bébé aurait pompé tout le sang qui était dans le placenta.

Les sages-femmes savent depuis longtemps que cela est faux, et que parfois le cordon bat encore après dix minutes. Encore bien gorgé de sang, le cordon se vide tranquillement sous nos yeux, jusqu’à ce qu’il soit complètement blanc, flasque et vide.

Accoucher le bébé et le placenta, sans couper le cordon

Pourquoi couper le cordon avant que le placenta soit sorti? Les deux ne viennent-ils pas ensemble?!

D’ailleurs, qui parle le plus souvent de couper le cordon dans le monde des naissances?

Certainement pas les parents. C’est plutôt les médecins et les sages-femmes qui en parlent.

J’ai moi-même déjà dit des dizaines de fois, avec un grand sourire:

« Alors le cordon ne bat plus, on va pouvoir le couper. »

Je tendais les ciseaux au père, le dérangeant dans son processus d’attachement. Il prenait les ciseaux, et d’une main tremblante il coupait le cordon. Cet acte si symbolique était alors fait à la presse, et dépourvu de présence.

Le père n’était pas rendu là, ni dans son coeur, ni dans sa tête. Mais moi oui, parce que c’est ce que j’avais appris à faire.

La naissance du placenta

Physio-logiquement, une naissance se fait en deux temps: le bébé, puis le placenta. Entre les deux, c’est une famille qui est en train de naître.

Les hormones qui sont sécrétées avec l’intensité de la naissance, vont permettre au placenta de se décoller de la paroi utérine, puis de naître.

Quand une femme accouche librement, sans qu’on lui dise quoi faire, il ne lui viendra pas à l’idée de couper le cordon, elle est bien trop occupée à tomber en amour ! Après une dizaine de minutes, une crampe lui rappellera qu’il faut sortir le placenta et elle commencera à l’accoucher. Il pourra lui prendre une quinzaine de minutes, comme une heure, et parfois plus.

Dans le nouveau paradigme des naissances, la femme sait accoucher son placenta, parce qu’elle s’est préparée en prénatal.

Préparer l’accouchement de son placenta

Pour respecter l’espace temps qui revient au placenta, il faut savoir remettre l’autonomie de ce stade aux parents. Avez-vous remarquez que si on laisse les femmes accoucher leur bébé, on prend souvent en charge la complétion de la naissance ?

Dans une préparation optimale de la naissance, axée sur l’autonomie et la liberté de la femme, on ne s’arrête pas à la naissance du bébé. Pour que la femme accouche elle-même son placenta, elle doit d’abord en entendre parler en prénatal.

Elle sait que personne ne va accoucher  ni son bébé ni son placenta à sa place, que c’est elle seule qui a ce pouvoir, et qu’on peut l’aider au besoin.

On lui apprend la physiologie hormonale et la mécanique du troisième stade, les signes de décollement du placenta et les b.a-ba de l’auto-délivrance. On lui montre quelques respirations, positions, comment faire la traction du cordon, etc.

Après, elle se sent prête à le faire, le moment venu.

 La femme qui accouche son placenta est ancrée dans sa capacité d’accoucher.

Je vous invite à lire ce billet: Une délivrance 100% libre  pour y découvrir la vidéo d’une femme qui sort elle-même son placenta.

Couper le cordon avec conscience, le moment venu

Dans le nouveau paradigme des naissances, on ne parle pas du cordon avant que les parents eux-mêmes nous en parlent. Ce qui se produit la plupart du temps, après que le placenta soit sorti,  et parfois, bien après le premier boire.

Depuis toutes ces années où je ne parle plus de couper le cordon,  j’ai observé qu’en moyenne c’est après 45 à 120 minutes suivant la naissance que les parents nous en parlent.  Le bébé a bu, la mère a mangé, elle s’est peut être douchée, les proches ont été avisés, et parfois les frères et sœurs ont eu le temps d’arriver…

Clampe, corde, feu

Quand on a pris le temps d’attendre que notre esprit soit rendu là, le moment de couper le cordon est alors vécu en toute conscience.

Les parents peuvent mettre eux-mêmes la petite clampe, ou la corde nouée,  puis couper.

Placenta

Dernièrement, j’ai accompagné un couple qui a choisi de brûler le cordon avec des chandelles en cire d’abeilles, c’est la femme qui les avait elle-même fabriquées en préparant la naissance…

Rituel du placenta

À chaque naissance on examine le placenta, on s’assure qu’il est complet, et que le cordon a bien trois vaisseaux.  En faisant cet examen près des parents on peut le transformer en un rituel simple, et déterminant pour la complétion de l’accouchement.

Il suffit de  cinq à dix minutes pour regarder et interpréter ce que le placenta nous raconte, avec ses vaisseaux, son aspect, sa couleur, sa texture, etc.

Comment sont les vaisseaux? Est-il calcifié? Quel est sa forme? De quoi a-t-il l’air? Où s’insère le cordon?Des questions qu’on peut interpréter à la guise de nos observations, intuitions, et ouverture d’esprit!

Un arbre de vie sur le placenta

Les vaisseaux du placenta sur le côté foetal, dessine l’arbre de vie de l’enfant. Tant qu’on veut bien y croire, évidemment.

On peut en faire  la lecture, un peu comme la carte du ciel de l’enfant. C’est assez ésotérique j’avoue, mais si vous saviez tout ce qu’on peut lire sur un placenta…

Le placenta nous donne de l’information sur l’histoire de l’enfant qui vient de naître, et aussi sur la mère qui vient d’accoucher. Par exemple, si la femme a accouché à quarante deux semaines et qu’en regardant le placenta on remarque que ce dernier n’est pas du tout calcifié, qu’en fait il a plutôt l’air d’un placenta de trente huit semaines, on pourra se dire que si cette femme met quarante deux semaines à faire un bébé, elle le nourrit avec abondance tout au long de sa gestation.

Les empreintes

Avec le nouveau paradigme en plein émergence, on a vu apparaître les empreintes de placenta. Depuis qu’on sait que ça se peut, on en veut à coup sûre!

Voici comment les faire:

La placenta est placé sur le côté foetal, avec le cordon en spiral, en coeur, en zigzag.

L’idée, c’est de déposer une feuille sur le placenta et le cordon et de laisser le sang imbiber les fibres du papier. On soulève ensuite la feuille, tout doucement,  pour découvrir notre chef d’oeuvre.

Une fois sèche on peut faire une impression de l’empreinte, c’est la meilleure façon d’archiver ce précieux souvenir, parce que  le sang s’effrite avec le temps. Moi j’aime bien les impressions de placenta en noir et blanc, je trouve ça design!

Garder son placenta

Sans prendre pour acquis qu’il doit finir dans les déchets biomédicaux, les sages-femmes offrent souvent aux parents s’ils souhaitent garder le placenta.

Certains le gardent pour y planter un arbre dessus, au printemps venu. Le placenta de ma petite dernière a passé deux ans et demi dans le congélateur avant qu’on le plante sous un arbre!

D’autres parents plus radicaux, le garde pour le consommer. Il y aurait effectivement plusieurs bienfaits de consommer son placenta, mais il n’existe pas encore de consensus sur le sujet.

Évidemment, plusieurs parents décident aussi que les empreintes leur suffisent et nous laisse disposer du placenta. Toutes les options sont bonnes, en autant qu’on ait le choix !

Traditions de par le monde

De par le monde, le placenta est considéré comme une continuité du bébé qu’il faut honorée. Voici quelques exemples:

En Indonésie, le placenta est enterré par le père, après avoir été bien nettoyé. Si le rituel n’est pas bien fait, la maladie menace la mère et le bébé.

En Turquie,le placenta est considéré comme l’ami du bébé. Il est enterré sous un arbre, après avoir été lavé et entouré d’un tissus. Certaines croyances concernent aussi le cordon ombilical, comme par exemple de l’enterrer sur le terrain d’une mosquée pour que l’enfant soit un croyant dévoué.

En Malaisie, le placenta est nettoyé, placé dans un tissus et couvert d’épices, avant d’être enterré devant l’entrée de la maison de l’enfant. Une aiguille, un crayon et un texte sont ajoutés dans le petit paquet pour que l’enfant devienne manuel et éduqué.

En Chine, la placentophagie est une coutume de 2000 ans d’histoire. Ce serait le premier empereur de la Chine unifiée, qui aurait proclamer à son peuple les bienfaits de manger le placenta. Gage de longévité et de santé, dans ce pays la placentophagie est perçue comme la façon la plus raffinée d’honorer la naissance, en plus d’offrir une protection contre la dépression postnatale et d’assurer une bonne production de lait.

En Birmanie, Thaïlande, Laos et au sud de la Chine, le peuple Hmong  (une des plus vieilles civilisations du monde) enterre le placenta à l’intérieur de la maison, où la naissance a eu lieu. Le placenta est perçu comme la connexion entre le monde vivant et le monde des esprits. Quand une personne meurt, son âme retourne au placenta, qui lui permet d’accéder au monde des esprits.

En Nouvelle-Zélande, le peuple Maori enterre le placenta sur la terre de ses ancêtres. Même aujourd’hui, les femmes Maori de l’ère moderne qui accouchent à l’hôpital,  repartent avec leur placenta pour l’enterrer sur la terre de leurs ancêtres.

En Transylvanie (Roumanie), une fois la famille terminée,  le placenta est brûlé et le père boit les cendres pour devenir infertile.

Pour en savoir plus sur les traditions de par le monde, je vous invite à lire ce billet: ici.

Qu’en pensez-vous?

Planifiez-vous accoucher votre placenta?

Que pensez-vous en faire?

 

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