10 facteurs qui influencent la sexualité périnatale

Sexualité et grossesse

Par Cynthia Dunord – Collaboration spéciale

La sexualité, en période périnatale, est un sujet généralement tabou. Néanmoins, il est pertinent d’en parler, car, au cours de la grossesse, comme lors de la puberté, par exemple, notre corps évolue et certains questionnements peuvent surgir.

Pour mieux comprendre et mieux s’épanouir, voici donc dix facteurs qui influencent la sexualité durant les mois qui entourent l’accouchement.

Lors de la grossesse la sexualité est influencée par :

 1.La fatigue, les nausées et les autres malaises de grossesse.

 

Si certaines femmes se sentent parfois au sommet de leur beauté avec leur gros ventre, signe de fertilité et de féminité, nombreuses sont celles qui se trouvent parfois moches. En fait, chaque jour est différent, mais il y a des moments, où la femme à l’impression d’être « enceinte jusqu’aux oreilles » et est complètement épuisée. Elle a de la difficulté à bien dormir, a mal à la symphyse pubienne, aux côtes, au dos… et ne rêve que d’avoir son bébé dans ses bras pour redevenir « elle-même ».

 

Les hormones modifient le corps de la femme enceinte et fabriquer un bébé demande énormément d’énergie. Plusieurs femmes enceintes ressentent beaucoup de fatigue, ont peu d’appétit et sont essoufflées (tant physiquement qu’au sens figuré); elles ont de la difficulté à ralentir dans notre société d’efficacité où faire une sieste l’après-midi peut être perçu comme égoïste ou paresseux, selon nos propres croyances. Avec ces nombreux symptômes, il est évident, sans qu’il s’agisse d’une règle absolue, que le désir sexuel diminue chez de nombreuses femmes. En faisant preuve de créativité, plusieurs couples verront leurs sexualités, nos pas, s’éteindre, mais se modifier.

 

« J’ai été épuisée et nauséeuse toute ma grossesse. Alors, j’aimais surtout la tendresse et les douceurs qui ne demandaient pas trop d’efforts physiques. (rire) »

 

« Enceinte, j’aimais faire l’amour le matin, c’est le moment de la journée où j’avais le plus d’énergie. »

2. La prise de poids et les facteurs physiques liés à la grossesse

Pendant que le ventre prend graduellement de plus en plus de place, les seins de la femme enceinte grossissent et augmentent en sensibilité, ce qui peut être agréable ou un défi. Certaines femmes ont de la difficulté à accepter la prise de poids et les transformations engendrées par la grossesse tandis que d’autres « ne se sentent bien qu’enceintes et voient leur sexualité s’épanouir. Rassurées sur leur fonction de femme – soit être mère –, « pleine » elles se sentent désirables et désirantes. » (Van der Schueren, 2003, p.14)

 

« Même pour nous, les partenaires, la grossesse change tout : il y a cette bosse, il faut trouver de nouvelles positions! Et puis, il y a bien autre chose que la pénétration! »

3.Les facteurs psychologiques et émotifs

Lorsque l’on demande aux couples l’évolution de leur sexualité au cours de la grossesse, celle-ci est souvent liée à des facteurs psychoémotifs. Les femmes qui sont heureuses de cette grossesse tant attendue, pleine de reconnaissance, par exemple, ont un plus grand désir sexuel que celles qui craignent les fausses-couches et vivent des complications de grossesse. Les craintes sont parfois fondées, parfois liées à des mythes, mais toujours réelles pour la personne qui les vit. Il faut garder en tête que la sexualité –tout comme l’accouchement – est beaucoup plus qu’une action mécanique! Pour que les hormones soient relâchées et qu’il y ait plaisir et douceur, la personne doit consentir et être dans un état d’âme qui permet le lâcher-prise.

 

« C’est lors de massages que nous parvenons le mieux à parler de nos émotions. On s’est créé un petit rituel hebdomadaire, une astuce développée après avoir lu Le petit cahier d’exercices des couples épanouis sous la couette (Yvon Dallaire) 

4. Les modifications de la zone génitale féminine

Les ouvrages de référence sur la grossesse énumèrent généralement les nombreuses modifications physiologiques et métaboliques du corps de la femme enceinte tout en y omettant les changements dans la région de la vulve et du vagin…

« La congestion pelvienne augmente les sensations de la zone génitale. Elle provoque dès le quatrième mois un rétrécissement du vagin dans son tiers externe pouvant améliorer la sensation du sexe du partenaire.

Certaines femmes découvrent lors de la grossesse leur première expérience orgasmique. Le clitoris est également plus turgescent et peut même devenir hyperesthésique. Les petites lèvres se pigmentent en foncé. La lubrification vaginale est augmentée par l’imbibition hormonale même en dehors du désir sexuel.

Lors de l’orgasme, la congestion pelvienne exacerbe les sensations, pouvant donner des crampes pelviennes et des maux de tête fugaces estompant la gratification émotive. La résolution est moins rapide et peut laisser subsister une tension sexuelle désagréable. (…)
L’irritation physiologique du col due au glissement de la muqueuse de l’intérieur du col sur la muqueuse en contact avec le vagin induit une fragilité des vaisseaux pouvant provoquer plus facilement un petit saignement sans interférence au bon déroulement de la grossesse, mais générateur d’angoisses. » (Van der Schueren, 2003, p.9-10)

Lors de l’accouchement la sexualité est influencée par :

5.L’intimité et le respect

L’accouchement est un moment important et précieux de la sexualité féminine. L’intimité et le respect, comme à tout moment d’une sexualité harmonieuse, devraient être la priorité des milieux de naissance et des personnes présentes à un accouchement. C’est l’intimité et le respect qui permettent à la femme de libérer les hormones de l’accouchement (les mêmes que lorsqu’elle fait l’amour) et au vagin de s’ouvrir pour le nouveau-né.

Ce n’est pas rare de voir, lors d’un accouchement, une femme s’isoler dans une salle de bain pour retrouver son intimité alors que la chambre d’accouchement s’était emplie de personnel soignant. L’intimité, « c’est une sorte de cocon amoureux dans lequel on se sent chaud, protégé et en sécurité » (Alexandra Penney, 1996)

6.Les interventions et l’issue de l’accouchement

L’issue d’un accouchement n’a rien d’anodin. Elle modifie la sexualité des couples et engendre de vives émotions. Voici quelques exemples pour illustrer l’impact de l’issue de l’accouchement sur la sexualité :

« Après ma césarienne, la rémission fut longue. Tant sur le plan moral que physique. J’ai tellement pleuré! Le sexe n’était vraiment pas ma priorité. »

« C’était un accouchement parfait! Mon amoureux avait été fantastique et j’avais une vague d’amour envers lui. »

« Mon accouchement a été d’une grande violence. Quand c’était le temps de pousser, on me tenait les jambes, j’ai hurlé de me lâcher, on me disait que c’était pour mon bien, j’avais mal comme ça, et on me forçait à rester immobile sur le dos! Comment veux-tu que l’on pousse un bébé comme ça? Et puis le médecin s’est approché avec son scalpel, et je faisais « non » de la tête, tout le monde me voyait, et, comme si j’étais une gamine de huit ans, on m’a dit que c’était pour mon bien et on m’a ainsi fait une épisiotomie sans mon consentement alors que tous les livres disent que c’est désuet comme pratique et puis c’est MON vagin! Quand j’ai eu mon bébé dans mes bras, j’ai dit : « Merci. » Je m’en veux! J’en veux aussi à mon mari, qui les a laissés me mutiler, comme on mutile les fillettes ailleurs sur la planète. J’en veux au médecin. J’en veux au système. J’en ai encore la chair de poule. La nuit, j’ai parfois des flashbacks et me réveille en criant « non! » Ma cicatrice n’est pas encore guérie. Je ne sais pas si on guérit de ça. »

7.Les antécédents médicaux et sexuels

Il n’est pas rare qu’une femme ayant vécu un viol, un avortement ou souffrant de vaginisme soit angoissée à l’idée d’accoucher. Comment parviendront-elles à lâcher-prise et à s’ouvrir dans ces situations particulières ? Parfois, des flashbacks d’un épisode traumatique sont revécus lors d’un accouchement. Par exemple, lors d’un examen vaginal, une femme peut se revoir dans la même situation de vulnérabilité qu’un épisode traumatique et complètement stopper le processus de l’accouchement par un blocage involontaire et inconscient.

Lors de l’accouchement, comme lorsque l’on fait l’amour, un consentement profond et affectif est nécessaire pour relâcher les hormones.  Dans ces cas particuliers, certaines femmes demanderont une épidurale ou un calmant de manière préventive, pour réduire le stress du passage du bébé dans le vagin, cette zone fragilisée.

Lors de la période postnatale et des premiers mois avec bébé la sexualité est influencée par :

8.Le besoin d’affection, l’allaitement et la fatigue

Dans les premiers mois, la femme passe énormément de temps avec son bébé, à le nourrir, le bercer, en prendre soin… Elle est donc très sollicitée physiquement par dans ce nouveau rôle et les impératifs du quotidien. Souvent, ce contact privilégier avec son enfant comble une grande partie de son besoin d’affection. Les hormones aussi font qu’il se peut qu’elle ressente moins de désir sexuel. Chacune est différente, mais ce n’est pas rare que les couples décrivent les mois suivants l’accouchement comme un « creux » sur le plan sexuel, ou du moins, qu’ils doivent, ici encore, faire preuve de créativité pour retrouver des moments d’intimité. La période postnatale est loin d’une période de performance, c’est une période de lenteur.

« C’est en lisant La réflexologie sexuelle (Mantak Chia) et des livres sur le taoïsme sexuel que nous avons redécouvert notre couple et retrouvé notre énergie sexuelle. 

« J’ai fait des mastites et des vaginites à répétition. Jusqu’à ce que je comprenne (et mon amoureux aussi) que la règle de la nouvelle mère, c’est : repos, repos, repos. »

9.Le nouveau vagin et corps de la femme

Le corps de la femme se retrouve à jamais modifié à la suite d’un accouchement. Le bassin devient élargi, l’aspect de la vulve et les auréoles de ses seins sont modifiés… Plusieurs femmes se demandent si elles vont « retrouver » leur vagin. Toutes les femmes ayant accouché peuvent consulter une physiothérapeute du périnée (en France, des séances de rééducation périnéale sont couvertes par l’assurance-maladie). Certaines ne jurent que par les exercices de Kegel ou raffermissent ces muscles avec un œuf de jade (yoni egg) ou en s’accroupissant de manière régulière, cependant, ces approches ne conviennent pas à toutes (à éviter dans certaines situations) et la femme doit pouvoir choisir pour elle-même, sans pression externe.

Bien qu’au Québec et en France, les médecins et sagefemmes suggèrent généralement d’éviter les relations sexuelles pour les six premières semaines postnatales, ou du moins la période de saignement postnatale (environ un mois), la sagefemme Béatrice Van der Schueren souligne, dans son mémoire sur la sexualité maternelle, que cette recommandation n’est pas basée sur aucune donnée scientifique et est purement arbitraire. Il est vrai que certains couples recommencent à avoir une sexualité active rapidement après l’accouchement.

« Après que le médecin ait utilisé les forceps, je ne reconnaissais plus mon vagin. J’avais l’impression que je ne pourrais plus jamais faire l’amour. »

« J’ai eu mes premiers enfants au Canada anglais, et jamais l’on ne m’a dit quoique ce soit à propos de quand recommencer les rapports sexuels. Ça m’a outré que les médecins québécois dictent la règle de six semaines et s’insinuent ainsi dans notre vie privée. »

10.L’état émotif et la relation du couple

Un nouvel enfant, ça change tout! Le bébé amène de nombreux moments de joie et de bonheur, mais aussi une désillusion et un vent de changement qui amène le couple à se repositionner. L’argent, les tâches ménagères, la belle-famille… mêlés à la fatigue et aux attentes des partenaires, l’un et l’autre, génèrent souvent des conflits qui ne sont pas nécessairement faciles à résoudre. Il y a souvent un désenchantement face au « congé » de maternité, qui, loin d’être en congé, la femme se retrouve complètement dans un nouveau travail qui n’arrête jamais. Dans certaines traditions, notamment en Orient, les quarante jours suivants l’accouchement est une étape de grand repos où l’on amène des repas et collations à la nouvelle mère, sa principale tâche étant de nourrir son nouveau-né.

Se connaitre et prendre confiance

Les facteurs nommés ci-haut sont loin d’être les seuls à avoir une incidence sur la sexualité d’un couple en période périnatale. Par exemple, dans leur livre Babyproffing Your Marriage (Cockrell, O’Neill et Stone), les auteures, bien qu’elles abordent la sexualité comme stratégie pour préserver le couple, mettent surtout l’accent sur les résolutions de conflits au sein du couple et l’importance du rire.

Je pense que l’on ne devrait pas hésiter à parler de la sexualité entre ami.e.s et à démystifier les tabous. Pour ma part, en discutant du sujet, j’ai été surprise de voir comment certaines femmes ont profité de leur grossesse pour développer leur créativité, leur sensualité et mieux se connaitre. De plus en plus, je pense qu’il est faux de croire qu’avec le temps, les « vieux » couples s’ennuient. Comme dans toutes les sphères de notre vie, en général, plus on prend de l’expérience et de la confiance, plus la complicité se développe et meilleur que l’on est.

Quelques mots de Karine la sage-femme

C’est vrai, la sexualité périnatale est un sujet vaste et combien nécessaire. Merci Cynthia pour ce merveilleux billet!

Alors que certaines femmes enceintes auront une libido « dans le tapis », à en faire peur à leur partenaire et à se retrouver sur des drôles de sites en plein après-midi(!!!), d’autres auront ni pulsion ni envie. Le calme plat, comme si le sexe n’avait jamais existé.

Cela va de soi pour le partenaire aussi. Certains seront super allumés par leur femme pleine de vie et d’autres seront hésitants, même à avoir peur de blesser bébé, ou d’y toucher avec le bout de son sexe… Certains exprimeront même la peur de l’inceste.

Dans tous les cas, le respect et la communication sont les clés. Aussi, il importe de démystifier le fait que le pénis ne touchera pas le bébé, que celui-ci est bien protégé par l’utérus, le col, les tissus pelviens et la poche des eaux… Et puis de toute façon, cet enfant n’est-il pas le résultat de l’amour?! J’ose croire avec conviction que les bébés sont heureux quand leurs parents font l’amour et qu’ils reçoivent les vagues d’ocytocine après l’orgasme, ça ne peut qu’être bénéfique à leur bien-être!

Quant au postnatal, certaines femmes avec un périnée intact auront une envie folle de faire l’amour trois jours après la naissance, alors que d’autres non. Il faut comprendre que les femmes qui n’ont plus de libido en postnatal ont les bras bien pleins d’un bébé la grande majorité du temps, alors quand ce dernier dort, il est normal qu’elles aient envie de se retrouver seules dans leur espace vitale. C’est hormonale et énergétique, pas problématique. L’envie va revenir si la douceur, la patience et le respect sont présents.

En gros, tout le monde est différent et chaque couple vit sa sexualité périnatale à sa façon, selon chaque bébé. Si on se laisse du temps, qu’on se colle sans attentes, avec une présence gratuite du moment, les bonnes baises passionnées finiront par revenir, et ce  sera encore meilleur qu’avant!!!

 

Références :

 

Van der Schueren, B. 2003. La maternité est-elle sexuée? Mémoire présenté à l’université de Genève, dirigée par F.Bianchi-Demicheli, 59 pages.

 

Cockrell, S, C. O’Neill et J. Stone. 2008. Babyproffing Your Marriage: How to Laugh More and Argue Less As Your Family Grows, Éditions: William Morrow Paperback, New York, 304 pages.

 

Dallaire, Y. 2016. Le petit cahier d’exercices des couples épanouis sous la couette, Édition : Jouvence, Suisse.

 

Chia, M. 2010. Réflexologie sexuelle : Le Tao de l’amour et de la sexualité, « Guide des amants », Éditions : Guy Trédaniel Éditeur, 2010 pages.

 

Penney, A. 1996. Comment faire l’amour ensemble, Éditions : Le jour, 168 pages.

Cynthia Durand (ou Dunord) est une doula Nunavummiuq passionnée de la périnatalité. Elle lit continuellement sur le sujet, écrit sur le blogue la Saison du mammouth et accompagne le cheminement de femmes à travers leurs grossesses. Elle est l’auteure du livre jeunesse Ma mère, c’est la plus forte : une histoire sur la naissance, un ouvrage créé pour mieux préparer sa propre famille à ses accouchements libres et pour transmettre aux enfants un secret bien gardé dans notre société moderne: accoucher est merveilleux.

Cynthia Dunord - Blogueuse

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