6 choses à savoir sur le périnée avant d’accoucher.

À savoir sur le périnée avant d'accoucher

Après la peur d’avoir mal, quelle est selon vous la crainte la plus fréquente des femmes qui se préparent à accoucher ?

Déchirer, voyons !

 

Comment est-il possible qu’un si petit trou s’ouvre aussi grand sans éclater en mille morceaux ? Qu’est-ce que je peux faire pour augmenter mes chances de ne pas déchirer ? Est-ce que mon médecin ou ma sage-femme peut faire quelque chose pour m’aider à avoir un périnée intact?

Des questions légitimes, qui restent souvent sans réponses, même à l’ère de l’internet haute vitesse! Évidemment qu’on ne peut pas savoir d’avance si on va déchirer en accouchant, et encore moins, si on va bien guérir. Mais il y a bien quelques petites choses à faire et savoir, qui peuvent réellement augmenter vos chances de ne pas déchirer. Je vais vous en énoncer quelques-unes tout au long de ce billet.

 

1.Votre périnée est fait pour s’étirer.

 

Les femmes accouchent depuis que le monde est monde. Je vous l’ai dit souvent, et je vais vous le redire encore, et encore ! Il va donc de soi d’affirmer que les vagins s’étirent pour enfanter, depuis les débuts de l’humanité. Ils déchirent aussi, depuis que le monde est monde, et guérissent tout aussi bien, ou pas, selon la gravité de la déchirure et la nature des tissus de chaque femme.

Heureusement, l’ère moderne et sa science nous ont appris à réparer même le plus amoché des périnées, et ça, c’est merveilleux. Grâce à l’anatomie, l’asepsie et la pharmacologie. La minutie d’un soignant bienveillant, un peu de xylocaïne, des pinces, quelques fils et aiguilles, sont maintenant suffisants pour réparer presque n’importe quelle déchirure.

Cela dit, le périnée est fait pour s’étirer, et ce, avec un minimum de dommage. À condition d’accoucher dans un environnement favorisant la physiologie. Si vous accoucher sous votre propre autorité hormonale et instinctive, en poussant quand vous le sentez et à votre rythme, vos chances d’avoir un périnée intact sont élevées. Un périnée intact après un accouchement naturel n’est pas rare, et ça ne relève pas de la chance. C’est dans la nature des périnées d’accoucher les bébés.

C’est plutôt le fait d’accoucher sous péridurale, avec une poussée dirigée. sur le dos, et des doigts dans le vagin, qui augmentent gravement vos risques de déchirer.

À moins d’un défaut chromosomique grave, la nature fait rarement mal les choses. Voir que la grande majorité les femmes auraient été conçues pour enfanter et déchirer jusqu’à l’anus ! Cette peur, elle vient du paradigme médical des naissances. On pourrait presque croire que c’est une invention du patriarcat.

 

2. Faites connaissance avec votre périnée.

 

Je suis de celle qui croit que pour vaincre ses peurs, il faut les affronter. Tu as peur de mourir, fais ton testament ! Tu as peur de prendre l’avion, fais un voyage à l’autre bout du monde ! Tu as peur de déchirer, joues avec ton périnée !

Sans blague, c’est prouvé. Les femmes qui font le massage du périnée, en période prénatale, ont moins tendance à déchirer à l’accouchement. Le fait de prendre conscience des sensations de brûlure qui accompagne l’étirement du périnée, d’apprendre à respirer avec elles, et se détendre, ira inscrire dans votre subconscient ce qu’il faudra faire quand le bébé sera en train de naître.

Rappelez-vous ce billet où j’explique comment les femmes qui accouchent naturellement (dans le vortex de la naissance) ont besoin d’aller jusqu’au subconscient pour devenir mères… Et bien si en prénatal, vous avez pris conscience de ce qu’il faut faire quand votre périnée s’étire, votre subconscient se souviendra une fois rendu là.

Pour savoir comment faire le massage du périnée, c’est ici.

 

3.Mangez bien, hydratez-vous, et accroupissez-vous.

 

C’est la base de la vie, me direz-vous !  En effet, c’est pour ça que j’en parle ici. Si vous mangez bien, votre grossesse ira mieux, votre bébé ne sera pas trop gros, ni trop petit, et vos tissus seront plus sains. Si vous êtes bien hydratée, vos cellules seront gorgées d’eau, elles vont mieux fonctionner, vieillir moins vite, et du coup, faire des tissus plus souples.

S’accroupir ? Oui, cette position en voie d’extinction dans les sociétés modernes pourrait bien être la solution à plusieurs de nos maux, y compris notre difficulté à accoucher.

Avez-vous remarqué, dans les dernières années, la quantité d’articles qui dénoncent le fait que l’humain ne sait plus faire caca ? En effet, la position assise sur la toilette est tout aussi anti-physiologique que d’accoucher sur le dos. Pour contrer les effets néfastes de la toilette, on nous propose de mettre un petit banc à l’avant de celle-ci. Lire ce billet si le sujet vous intéresse.  Chez moi, depuis qu’il y a petit banc en avant de la toilette, les problèmes de transit sont résolus !

Comment le fait de se mettre plus souvent accroupi peut faciliter l’accouchement et réduire les déchirures? C’est simple, plus une femme se mettra accroupie, plus elle sera flexible, et plus le bébé va s’engager à mesure que l’accouchement approche. Un bébé plus bas ouvre le bassin, encourage la formation du segment inférieur de l’utérus, ce qui favorise des contractions efficaces, et appuie sur le périnée profond, ce qui l’incite à se relâcher. Une femme qui s’est accroupie souvent pendant sa grossesse sera capable de s’accroupir en accouchant, ce qui est en soi un facteur facilitant de l’accouchement. Quand l’accouchement se déroule bien, il y a moins d’interventions, et donc, les femmes déchirent moins.

Donc, accroupissez-vous, le plus souvent possible. En pliant votre linge, en jouant avec les enfants, en parlant avec vos amis, en méditant, en jardinant, etc. Et tant qu’à y être, faites-donc quelques Keggels en passant ! Pour apprendre comment, c’est ici.

 

« Accroupie-toi le plus souvent possible ! »

Périnée

(Je donne ce conseil à toutes mes clientes dès leur premier rendez-vous…)

 

4. Refusez l’approche hands-on comme la prémisse de départ.

 

La plupart des femmes qui s’en vont accoucher, ne se doutent pas à quel point leur périnée sera pris en charge au moment de la sortie du bébé. Que ce soit chez les médecins ou les sages-femmes, si on laisse à la femme la liberté de suivre son instinct pour la phase de dilatation du col, la tendance s’inverse quand vient le temps de pousser. Comme si celle-ci ne savait pas quoi faire !

Dès qu’elle se met à faire des sons de poussées, ou qu’elle dit « ça pousse ! », les gens autour s’activent, et se mettent à parler fort. Comme s’il fallait un chef d’orchestre, un guide extérieur, pour dire à la femme quand et comment pousser.

C’est de la vieille pratique obstétricale ça, et ça date du temps où on endormait les femmes au moment de la poussée. Après, quand on a cessé d’endormir les femmes, on a continué à faire la même chose, en légitimant cette pratique sous prétexte d’épidurales.

Heureusement les temps changent, et plus ça va, plus on laisse même les femmes sous épidurale ne pas pousser jusqu’à ce que le bébé sorte tout seul. Au U.K., on commence même à implanter un programme qui repousse le début de la poussée jusqu’au réflexe d’éjection. Parce que justement, agir ainsi réduit les déchirures graves du périnée (en savoir plus).

Or, l’humain étant une espèce confortablement ancrée dans ses vieilles habitudes, on continue à l’ère moderne de prendre en charge le périnée des femmes qui accouchent, et ce, sous le terme de l’approche « hands-on ».

Qu’est-ce que le hands-on ?

Le terme “hands-on” est utilisé pour décrire une série de gestes associés à la gestion du périnée, au moment de la sortie du bébé, dans le but de diminuer l’incidence des déchirures.  On est tous d’accord avec l’idée de réduire les déchirures n’est-ce pas ?

L’approche inclut les gestes suivants :

  • La lubrification du vagin avec de l’huile ou du gel, le massage des tissus entre les contractions, et l’étirement de ces derniers pendant que la femme pousse ;
  • L’application de compresses chaudes, dans le but d’assouplir et soulager l’étirement des tissus.
  • La contre-pression sur la tête du bébé, dans le but de maintenir la flexion de sa tête et de ralentir sa sortie ;
  • Le dégagement de l’épaule antérieure, pour accélérer la sortie du corps.

Or, l’approche « hands-on » ne réduit pas l’incidence des déchirures !

Si on a longtemps répandu l’idée que l’approche “hands-on” réduisait l’incidence de déchirures et le recours à l’épisiotomie. Les études sur le sujet ont démontré par la suite que le “hands-on” ne fait aucune différence pour la prévention des déchirures, comparé à l’approche “hands-off”, ou « hands-poised ». Certaines études démontrent même une augmentation des déchirures,  de la douleur postnatale, et des hémorragies. Sans mentionner les risques associés aux traumas psychologiques chez la femme ! Je vous conseille cette revue de littérature sortie en 2015, dans le midwifery Journal (1), qui a comparé cinq études quantitatives sur le sujet, elle conclut en disant que:

“The hands-poised technique appeared to cause less perineal trauma and reduced rates of episiotomy. The hands-on technique resulted in increased perineal pain after birth and higher rates of postpartum hemorrhage.”

 

5. Optez plutôt pour une approche « hands-off », ou « hands-poised ».

Dans la littérature, le terme “hands-poised” est utilisé pour parler de l’approche “hands off”. Je tiens à dire que ce thème m’énerve un peu, parce qu’il sous-entend la possibilité de poser ses mains quelques part. Comme si on ne pouvait pas assumer entièrement que le « hands-on », appliqué d’emblée à toutes les femmes qui accouchent naturellement, était une erreur. Comme s’il nous fallait d’abord passer par un entre-deux, le « hands-poised », avant d’assumer entièrement le terme « hands off ».

Cela dit, je continuerai d’utiliser le terme « hands off », parce que ce blogue est destiné au nouveau paradigme des naissances, dans lequel on assume que la femme qui accouche n’a pas besoin des mains d’autrui pour protéger son périnée.

Qu’est-ce que l’approche « hands-off » ?

C’est simple, c’est le contraire du « hands-on » ! En gros, dans cette approche, on laisse la femme accoucher et le bébé naître, sans intervenir.

On ne met ni nos doigts dans le vagin ni nos mains sur le périnée. Parce que c’est le liquide amniotique et les sécrétions vaginales qui lubrifie la sortie, on ne met ni huile ni gel.

On ne fait pas de contre-pression sur la tête du bébé, pour ralentir sa sortie,  et on ne pense pas que tout va “exploser” si on ne contrôle pas le réflexe d’éjection. D’ailleurs, ce geste “contre nature” de ralentir la sortie du bébé, augmente les risques de tensions chez le nouveau-né et potentiellement les problèmes d’allaitement. Le faire d’emblée, est à éviter.

Quant au cordon, on n’y touche pas non plus. On ne va même pas voir s’il y a un, ou plusieurs, tours de cordon. Quand le bébé va sortir, on le verra bien assez vite, et s’il y a quelque chose à faire, on le fera à ce moment-là. Le fait d’insérer les doigts dans le vagin de la femme alors qu’elle a une tête entre les jambes est non seulement très désagréable, mais c’est une pratique qui augmente les déchirures.

D’ailleurs, quand on se laisse la chance d’observer la naissance, les bébés nous montrent que s’ils arrivent à sortir eux-mêmes du corps de leur mère, ils arrivent aussi très bien à gérer leurs tours de cordon ! Alors, pourquoi donc s’en faire avec ça ?

Évidemment, dans l’approche hands-off, on ne dégage pas l’épaule antérieure. On laisse le bébé glisser hors de sa mère, tout simplement, et à son rythme.

Si vous avez un peu de temps, je vous encourage à regarder cette vidéo, qui compare les l’approches « hands-on » et « hands-off ». Il date d’avant 2000, et bien que les femmes soient toutes en position gynécologique et bien “dirigée”, je la trouve tout de même intéressante. Elle nous fait vivre toutes sortes d’émotions, et elle illustre bien la différence, de même que les défis, de ces deux approches si différentes.

À savoir sur le périnée avant d'accoucher

 

6.Parlez du périnée avec votre médecin, ou sage-femme.

 

Il n’y a rien de pire que l’ignorance pour perdre son pouvoir, et vivre de l’abus. Et comme l’abus de pouvoir est malheureusement fréquent dans le monde des naissances, il importe de se préparer au maximum avant d’aller accoucher.

Assurez-vous d’avoir le bon professionnel pour vous. Posez-lui des questions à la suite à vos lectures et réflexions, et validez qu’il vous soutient, et même idéalement, qu’il pense comme vous.

Demandez-lui quelle est son approche du périnée ; si vous avez le droit de pousser dans la position de votre choix, et à votre rythme ; S’il voudra vous mettre des compresses chaudes, si vous en voulez. Bref, posez-lui autant de questions qu’il le faudra pour arriver à savoir si son approche du périnée, est plutôt « hands-on » ou « hands-off ». Mais si vous êtes du type direct, comme moi, vous irez droit au but en demandant : « Êtes-vous du type « hands-on » ou « hands-off » quand le bébé sort ? Racontez-moi comment vous voyez ça !

Vous seriez surpris du nombre de professionnel de la naissance qui pratique encore le « hands-on » d’emblée. Alors vaut mieux prévenir que guérir et bien planifier, quitte à changer son médecin pour une sage-femme ! Quand on a une tête en train de sortir de notre vagin, je vous jure que ce n’est pas le bon moment pour exprimer haut et fort : « Non ! Je ne veux pas qu’on touche mon périnée ! »

 

Bref, un périnée, c’est fait pour accoucher.

 

C’est aussi simple que ça. Et oui, même avec la meilleure préparation possible, vous pourriez déchirer. Mais le fait est que si vous êtes en santé, que vous êtes bien préparée, et que vous accouchez librement, entourée de gens qui croient en vous, sans vous prendre en charge d’emblée, vos risques d’avoir une déchirure majeure sont excessivement bas.

Alors d’ici le moment où la tête de votre bébé sera en train de vous étirer à l’infini, profitez de votre grossesse pour découvrir votre périnée, faire vos kegels, et le masser. Prenez soin de vous, laissez-vous dorloter, mangez bien, buvez de la tisane de framboisier en position accroupie, et discutez avec votre médecin, ou votre sage-femme, sur l’approche qui vous convient le mieux.

Et, si jamais ce n’est pas possible pour vous de convaincre votre médecin de l’approche « hands-off », sachez que la compresse chaude est un bon compromis pour occuper des mains habituées de prendre en charge les périnées. D’ailleurs, beaucoup de femmes adorent les compresses chaudes sur leur périnée qui s’étire…

Avant de finir, un mot pour celles qui déchirent malgré tout…

Il arrive que parfois, malgré un accouchement naturel, autonome et dans la conscience, certaines femmes déchirent plus que la moyenne. À un point tel qu’elles doivent aller se faire recoudre par un spécialiste, parfois même, sous anesthésie générale.

Pour ces femmes fortes, pour qui je n’ai ni les réponses ni les explications, il me fallait écrire ces quelques lignes. Si vous êtes l’une d’elles, je sais que si vous avez lu ce texte jusqu’ici votre coeur est peut-être chargé de regrets, d’injustices ou de frustrations.

Je ne sais pas pourquoi certaines femmes déchirent malgré tout. Il parait que c’est au niveau de la nature des tissus, et de la génétique.  Mais peu importe, les faits restent les mêmes pour vous, et j’en suis sincèrement désolée.

Et vous? Comment préparez-vous votre périnée pour l’accouchement? Avez-vous d’autres trucs à me partager?

RÉFÉRENCES

1. Petrocnic, P., Marshall, J., “Hands-poised technique: The future technique for perineal management of second stage of labour? A modified systematic literature review”  February 2015 Volume 31, Issue 2, Pages 274–279

https://www.perineeshop.com/html/methode-massage-perinee

https://fr.wikipedia.org/wiki/P%C3%A9rin%C3%A9e

https://www.perineeshop.com/blog/index/billet/11034_exercice-kegel-pour-muscler-le-perinee

BIBLIOGRAPHIE – autour du périnée

Aasheim, V., Lukasse, M., Nilsen, ABV., & Reinar, L.M. (2012). “Perineal techniques during the second stage of labour for reducing perineal trauma (Review)”. Cochrane Database of Systematic Reviews, Issue 12.

Albers L.L. (2005). Midwifery Care Measures in the Second Stage of Labor and Reduction of Genital Tract Trauma at Birth: A Randomized Trial, Journal of Midwifery & Women’s health 2005;50(5):365-72

Anderson T. (2002). Peeling back the layers : a new look at midwifery interventions, MIDIRS Midwifery Digest, vol 12, june 2002, p. 207-210

Fraser, D.M. & Cooper, M.A. (2009). Myles textbook for midwives (15th ed.). Edinburg: Churchill Livingstone.

Goer H. & Romano A. (2012). Optimal care in childbirth: The case for a physiologic approach, Seattle, USA: Classic Day Publishing.

Kennedy & Anderson & Leap, (2010). Midwifery Presence : Philosophie, Science and Art. Dans Walsh & Downe (Éd.), Essential midwifery practice : Intrapartum care (p. 105-123). Oxford, GB : Willey-Blackwell

Kennedy HP (2000). A model of exemplary midwifery practice: results of a Delphi study. J Midwifery WomensHealth. 2000;45:4–19.

Leap, N. (2010). The Less We Do the More We Give. Dans M. Kirkham (Éd.), The Midwife-Mother Relationship (2e édition, p.17-36). Londres, GB : Palgrave Macmillan.

Mayerhofer K, Bodner-Adler B, Bodner K, Rabl M, Kaider A, Wagenbichler P, et al. (2002). Traditional care of the perineum during birth. A prospective, randomized, multicenter study of 1,076 women. Journal Reproduction Medecine 2002; 47(6): 477-482

Reed R. (2010). The evidence for common midwifery practices during the second stage of labour (Thèse de doctorat) https://www.box.com/shared/eyhh0tirnu

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