Accoucher à 42 semaines, une histoire de lâcher-prise.

Accouchement 42 semaines

C’est l’été pour cette femme enceinte jusqu’aux oreilles. Tous les quelques jours, des fleurs fraîches sont amoureusement cueillies et déposées ici et là dans la maison.

— C’est pour que la maison sente bon quand le bébé arrivera.

Ça sent l’amour et l’espoir à chaque centimètre cube autour de cette femme. Ce qu’il est attendu ce bébé !

Le calme de l’attente règne.

On sent qu’il manque quelqu’un dans la vie de ce couple.

Les jours passent, et même la fameuse date prévue de l’accouchement, mais le bébé n’arrive pas.

Il attend l’alignement des étoiles. Il attend son moment à lui, celui-là qui lui ouvrira sa vie.

 

Chaque soir, la femme se couche en se disant que ce sera peut-être cette nuit. Puis au matin, elle se réveille en se disant que ce sera peut-être aujourd’hui.

 

Et les jours passent…

Accouchement 42 semaines

Les gens autour lui rappellent sans cesse qu’elle n’a pas accouché, ajoutant au défi de l’attente un poids inutile à la légèreté qu’elle tente d’incarner, malgré le poids de son ventre.

 

Il viendra le moment. Seulement, tout doit ramollir pour qu’elle accouche. Son col, bien sûr, mais aussi son cœur, sa tête, et sa conscience.

 

Le bébé est bas, le ventre contracte régulièrement. Elle a même déjà eu quelques épisodes de contractions où elle croyait que ça y était. Il y a trois semaines, elle a perdu du bouchon muqueux, mais elle est toujours enceinte. Les étoiles semblent plus patientes que la conception humaine du terme d’une grossesse.

 

À chaque jour, elle boit sa tisane de framboisier, elle mange ses dattes, elle prend sa marche, et médite, en passant sous le grand chêne qui lui inspire la force d’être femme.

Accouchement 42 semaines

Elle sait qu’il viendra son bébé, le temps venu. Mais elle craint la fameuse surveillance « post-date ». Elle craint que tous lui fassent peur en lui disant que son bébé peut mourir s’il ne sort pas maintenant. Elle ne veut pas qu’il meure. Elle l’aime tellement cet enfant, chargé de ses millions de promesses, pour une vie meilleure en sa compagnie.

 

— Je suis moi-même née à 42 semaines. N’est-ce pas un peu génétique cette histoire de terme ?

 

En effet, on a tendance à suivre la recette des mères avant nous. Si nous sommes là, c’est qu’elle fonctionne bien la recette, alors pourquoi la changer ?

 

— Je veux faire confiance à mon bébé. Il bouge bien. Je le sens lui-même à chaque nouveau jour qui se lève. Je le palpe et il y a plein de liquide qui l’entoure. Je ne suis pas inquiète. Mais pourquoi tout le monde l’est-il ?

 

Entre l’excitation de le voir, et l’inquiétude qu’il parte avant même d’arriver, on a appris à douter de la sagesse du corps à faire des bébés en son propre terme.

Accouchement 42 semaines

— Laissez-moi accoucher quand bon me semblera. Je ne veux plus vous voir avant que j’accouche. J’ai besoin d’être seule. De me recueillir. Je vous appellerai si je suis inquiète, mais autrement, je ne veux plus vous voir. Laissez-moi faire mon bébé tranquille !

 

La lionne a émergé, elle a rugi et a repris son trône dans l’enfantement de sa famille. Elle s’est couchée ce soir-là, forte et fière d’avoir mis son pied à terre devant les médecins et les sages-femmes.

 

Le lendemain, vers midi, elle est partie cueillir des fleurs pour les bouquets de la table et du couloir. Cette fois-là, elle a voulu qu’il vienne avec elle, son homme. Il lui fait confiance depuis le début, et elle l’apprécie. Mais là, aujourd’hui, elle se sent fragile, et elle a besoin qu’il la supporte plus que jamais, qu’il soit là à chaque pas qu’elle fera.

 

En passant sous le grand chêne, sans s’en être doutée une seconde, elle se met à pleurer et en perd ses genoux.

 

Elle a fait la brave pour se libérer du paradigme médical, mais maintenant qu’elle est seule avec son homme, son ventre tendu d’une vie mûre qui ne semble pas vouloir sortir, et le grand chêne qu’elle aime tant, elle flanche et s’écroule.

 

— Pourquoi ne vient-il pas mon bébé ? Je ne sais pas si j’ai la force de le garder encore en moi. Je le veux dans mes bras, maintenant, ce soir, ou demain au plus tard ! J’ai peur. J’ai peur de le perdre, qu’il meurt. J’ai aussi peur de mourir en accouchant ! Je ne sais plus si je veux être mère. Je veux cet enfant plus que tout, et en même temps je ne sais plus rien. Je suis perdue.

 

Elle pleure. Elle crie toutes les tensions qui l’habitent et qu’elle ne pensait même pas avoir en elle. Elle ne pense pas tout ce qu’elle dit, mais elle le dit quand même ! C’est plus fort qu’elle. Elle pleure jusqu’à n’en plus pouvoir respirer par son nez. Et lui, il l’écoute et la caresse, un peu dérouté.

 

Sous le grand chêne, à quarante-deux semaines et un jour de grossesse, elle s’est ramollie.

 

Comme son col déjà mou et bien ouvert, cet après-midi-là de juillet, elle a laissé partir les tensions qui habitaient son subconscient. Des tensions dont elle ne soupçonnait même pas l’existence. Elle qui se croyait zen, calme et prête depuis des semaines !

 

C’est qu’on ne peut pas forcer le lâcher-prise. Il y a des étapes comme ça dans la vie dont on n’a pas le contrôle. En fin de grossesse, le lâcher-prise en est une. On peut bien en parler et dire qu’on le fait, mais il arrive en son temps, sans qu’on décide du moment.

 

En revenant à la maison, épuisée et boursoufflée d’avoir tant pleuré, elle n’a pas cueilli de fleurs finalement. Ça lui était égal que celles sur la table et à l’étage soient un peu fanées. « Je reviendrai demain », qu’elle s’est dit. Elle préférait marcher appuyée contre son homme, et se rendre à son lit.

 

Elle s’est endormie aussitôt arrivée. Épuisée d’avoir tant pleuré. Libérée de la pression de devoir être brave, et forte. Assumant sa vulnérabilité, et protégée par le calme de son homme. Quand il fût certain qu’elle dormait profondément, il est reparti marcher. Il avait besoin d’un moment à lui, comme pour se libérer lui aussi de l’intensité de ce passage dont il n’a pas tout compris.

 

Que se passe-t-il avec sa femme ? Il ne comprend pas tout de ce qu’elle traverse avec son ventre immense et ce bébé qui ne sort pas. Il préfère de loin son propre rôle que le sien. Il admire son courage à travers les vagues qui déferlent en son cœur. Il la trouve bien brave, et pour cela, il implore Dieu pour la première fois de sa vie. Il lui demande d’aider sa femme, et de faire naître son bébé.

 

Quelques heures plus tard, après une sieste des plus profondes, la femme s’est réveillée en travail ! Elle a accouché cette nuit-là, en quelques heures seulement. Une belle fille de 4,3 kilos est née sans souci et presque en douceur.  Un accouchement victorieux, tel que les étoiles l’avaient prévu.

 

Au réveil, le lendemain matin, les bras pleins de sa fille parfaite, la femme a vu le bouquet de fleurs fraiches sur la table et s’est mise à pleurer. La vie est belle, et cet homme est un ange. Alors que les larmes coulaient sur sa joue, elle a souri d’un bonheur indescriptible.

 

Et vous, avez-vous aussi dépasser la fameuse “date prévue” d’accouchement? Et si on changeait un peu les mots et qu’on parlait plutôt de date “probable”!?

Préparation à la naissance

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