Bilan 2017 pour le monde des naissances

Au moment où j’écris ces mots, 2017 est derrière nous et 2018 brille de ses mille promesses.  Avant de plonger dans cette nouvelle année et tous les projets qu’elle nous inspire, j’ai eu envie de faire un bilan de ce que 2017 a apporté de positif dans le monde des naissances.

Évidemment, j’aurais pu choisir de dénoncer tous les non-sens qui persistent dans les unités d’obstétriques de ce monde, comme la hausse constate des césariennes, l’utilisation pandémique de l’épidural, ou encore le fait qu’on coupe encore le cordon du bébé avant que le placenta soit sorti, mais je n’avais pas envie d’aller dans cette direction.

En 2017, avec la renaissance de mon blogue, j’ai fait le choix de ne plus nourrir la colère contre le paradigme médical. J’ai fait le pacte avec moi-même de bloguer avec douceur, espoir et amour, de voir le beau et les possibles dans les enjeux, et de vanter tous les possibles du nouveau paradigme des naissances.

À mes yeux, il s’est planté plusieurs petites graines de conscience en 2017 et certaines ont même germé et commencé à faire des feuilles. Laissez-moi vous partager quelques-unes de ces semences et l’analyse que j’en fais.

Au lieu de dire « accouchement naturel », on dit maintenant « accouchement physiologique ».

Avant 2017, pour exprimer notre désir de vivre un accouchement sans le protocole d’interventions habituel, on écrivait sur notre plan de naissance qu’on souhaitait avoir un accouchement naturel. Après deux décennies de plans de naissance souvent mal compris, en 2017 on a réalisé qu’il valait mieux utiliser le terme « accouchement physiologique ».

Pour la plupart des médecins un accouchement naturel c’est un bébé qui sort par le vagin de la femme. Qu’il y ait eu induction, anesthésie, forceps, ventouse, épisiotomie ou toute autre intervention, dans leur conception (biaisée) de l’accouchement si la naissance s’est fait par voie naturelle (vaginale), l’accouchement a donc été naturel.

En 2017, on a compris qu’il fallait être plus clair et utiliser les mots « accouchement physiologique ».  Bon, il faudra certainement plusieurs années encore pour intégrer complètement tout ce que comporte le mot « physiologique », mais déjà pour les médecins c’est un mot beaucoup plus précis que naturel.

Physiologique, c’est plus clair. Appliqué à l’accouchement, ce terme parle d’un enfantement respecté, où on laisse la femme et la sagesse de son corps être les guides de l’expérience même de mise au monde.

Normalement, un médecin ou une sage-femme qui travaille en obstétrique saura qu’une femme qui souhaite vivre un accouchement physiologique veut accoucher sans péridurale ni interventions (sauf si nécessaire bien sûre), être soutenue, rassurée au besoin et encouragée dans son choix, même quand elle en doutera une fois rendue au sommet.

Évidemment, il faudra encore du temps pour que le « savoir-être » et le « savoir-faire » des professionnels soient parfaitement accordés avec le mot physiologie, mais je crois qu’avec ce changement linguistique on est aux balbutiements d’un changement de paradigme.

Toutes les grandes organisations déclarent l’urgence de changer les pratiques entourant la naissance.

L’OMS, la SOGC, ACOG, CAM, ICM, RCM, etc. ont tous le même discours. Il y a trop de césariennes, trop d’inductions, bref, trop interventions.  Il y en a à ce point trop qu’une certaine proportion de la morbidité et mortalité périnatale est associée à la cascade technocratique de ces interventions.

La naissance n’est pas une pathologie et elle ne devrait pas être approchée comme telle. Il est temps de renverser la balance et d’approcher l’enfantement avec un point de vue de salutogénèse (de santé) et non médical comme c’est le cas actuellement. Le fait que les grandes organisations en parlent de plus en plus est TRÈS positif pour l’émergence de ce nouveau paradigme où accoucher se vit en conscience, dans la confiance et le sacré.

Combien de temps nous faudra-t-il encore pour ramener le taux de césarienne autour de 10% comme le recommande l’OMS ? Nous savons qu’au-delà de 10% les césariennes n’améliorent pas les issues maternelles et néonatales. Pourtant dans certains pays comme le Brésil, les taux frôlent 80%. Qu’advient-il de l’espèce quand la mise au monde est à ce point dénaturée ?

 

D’année en année, les grandes organisations qui ont à cœur la santé maternelle et néonatale sont de plus en plus catégoriques sur l’urgence de démédicaliser l’enfantement. En 2017 cette tangente a continué, et ce, au plus grand bonheur des sages-femmes et doulas de ce monde !

Parler d’enfantement, plutôt que d’accouchement.

Le mot accouchement a eu son lot d’attentions et de pouvoirs. Il a même réussi à faire accoucher la majorité des femmes sur le dos avec les pieds dans des étriers, et ce pour au moins les cinquante dernières années.

Le mot accouchement est un terme médical qui implique que la femme se couche et s’alite pour s’en remettre au « faire » d’autrui. Or les femmes qui choisissent un accouchement physiologique ne veulent pas se « faire accoucher », elles veulent accoucher elles-mêmes leur bébé et le placenta qui vient avec.

En 2017, on parle de plus en plus d’enfantement ou de mise au monde quand une femme décide d’accoucher sous sa propre autorité hormonale et spirituelle.

Pour en témoigner, en 2017 il y a eu le livre « La mise au monde : revisiter les savoir » de la sage-femme Céline Lemay. Le livre a paru aux Presses de l’Université de Montréal.  Je ne l’ai pas lu encore, mais je sais que ce livre exprime bien les nuances des mots enfantement et accouchement.

Dans son œuvre, Céline nous rappelle les perspectives écologiques et organiques indissociables de l’enfantement.  Elle revisite les savoirs autour de la mise au monde et nous rappelle que le savoir biomédical, bien que nécessaire, n’est pas l’unique vérité à copier-coller sur toutes les femmes qui enfantent et tous les bébés qui naissent. Elle nous rappelle à quel point la sagesse permet de comprendre davantage l’unicité de chaque naissance, et combien la femme et le bébé ont des compétences endogènes pour enfanter et venir au monde. Qu’au fond on n’invente rien et que le processus de mise au monde est ce qui nous maintient en vie depuis des millénaires. Céline nous rappelle, en parlant des intervenants, que nous avons le devoir de savoir quoi faire et comment le faire, mais que nous avons aussi le devoir de ne pas faire d’emblée avec toutes les femmes qui enfantent. Pour en savoir plus, écoutez cette vidéo.

Le vortex de la naissance, de plus en plus dans le vocabulaire de la périnatalité.

Quand j’ai commencé à utiliser le terme « vortex de la naissance » en 2015, j’ai eu droit à toutes sortes de commentaires et jugements tant de la part de mes pairs, amis, et certaines doulas. Mais j’ai continué d’en parler, j’ai toujours assumé ma différence !

J’ai écrit sur le sujet, encore et encore. J’ai même créé toute ma préparation virtuelle à la naissance autour du vortex de la naissance, avec ses différents états de conscience et sensations physiques.

En 2017, je ne compte plus le nombre de fois où j’ai lu un post sur Facebook d’une doula ou d’une maman qui écrivait « J’ai traversé le vortex de la naissance et j’ai accouché mon bébé. » Chaque fois, c’est pour moi une preuve que le nouveau paradigme de la naissance fait son émergence. Alors je souris et j’ai encore plus envie de continuer à écrire sur la naissance !

En 2017, on réalise qu’accoucher ce n’est pas la fin du monde.

Après des décennies à craindre l’accouchement et avoir peur d’y laisser sa vie ou celle de son bébé, de plus en plus de femmes se rendent compte qu’au fond aller accoucher ce n’est pas la fin du monde. Qu’au fond, elles n’ont besoin de personne et que leur corps sait exactement quoi faire.

Depuis qu’elles savent qu’elles ont légalement le droit d’accoucher sans sage-femme ou médecin, les femmes qui accouchent en famille sont de plus en plus nombreuses. C’est ce qu’on appelle un enfantement libre. Avant on disait accouchement non assisté, ou ANA. Maintenant, on dit davantage accouchement (ou naissance) libre, parce que la femme qui accouche seule n’est pas nécessairement « non assistée », au contraire, la plupart du temps elle sera entourée de sa famille, et parfois même d’une doula.

Bien que si on accouche librement il faille encore écrire une lettre à l’état civil ou aller à l’hôpital pour faire reconnaître son nouveau-né comme son propre enfant (pour prouver qu’on ne l’a pas volé aux voisins !). Bien qu’on soit encore loin du monde idéal où les sages-femmes et infirmières du CLSC pourraient aller visiter ces familles qui accouchent seules dans les premiers jours postnataux et déclarer la naissance avec eux.  Il reste que de plus en plus de femmes et famille réalisent qu’accoucher est un processus profondément intime qui ne nécessite pas obligatoirement la présence d’un professionnel.

Ça, à mes yeux de sages-femmes, c’est phénoménal.

Je ne veux pas dire qu’accoucher en famille est le but ultime. Seulement, le fait que ce phénomène soit en émergence inspire aussi de nombreuses femmes et familles qui accouchent à l’hôpital ou avec des sages-femmes à questionner ce qu’on leur impose et à assumer entièrement leurs convictions. Entre femmes, on s’inspire à aller encore plus loin, c’est un des bienfaits de la sororité féminine.

Les femmes et les familles remettent de plus en plus en question les limites que leur impose le système médical.

De plus en plus de femmes contestent les limites que leur impose le paradigme médical.

Prenons l’exemple de la femme qui choisit d’attendre que la physiologie fasse son œuvre, de refuser l’induction et d’accoucher spontanément à quarante-deux semaines et cinq jours, ou même quarante-trois semaines. Ajoutons à cela que cette femme tente un AVAC (accouchement vaginal après césarienne). Pour certains médecins et sages-femmes, c’est une situation terriblement effrayante.

Pourtant, la plupart du temps ce genre d’histoire nous enseigne qu’il aura valu la peine d’attendre et que la femme avait raison, puisque finalement elle a super bien accouché (d’un bébé plein de vernix !) et réussi son AVAC.  On réalisera en fin de compte qu’elle a réussi son AVAC parce que son corps a ELLE, prend plus de temps que la moyenne à faire des bébés. D’où la raison de sa première césarienne, après une induction à 41 semaines et 3 jours.

Grâce aux réseaux sociaux, aux blogues, aux nombreux livres et témoignages, la conscience populaire concernant la naissance est en pleine émergence et les femmes réalisent de plus en plus (comme disait la sage-femme Ina May Gaskin) qu’elles ne sont pas des citrons à presser pour faire sortir leur bébé.

On constate aussi que ces femmes et ces couples qui questionnent et osent mettre en doute le jugement des professionnels sont TRÈS informés.  Ils sont conscients des risques et savent sous-peser les bénéfices de leurs choix.

Et si le suivi de ces couples n’est pas toujours « confortable » ou rassurant pour un médecin ou une sage-femme, les limites que ces derniers imposent à des parents informés et assumés ne devraient jamais leur imposer d’accoucher seuls, par dépit de pas être supporter. C’est pourtant ce qui arrive la plupart du temps.

Si vous saviez le nombre de messages que je reçois de femmes désespérées d’avoir été « abandonnées » par leur sage-femme ou leur médecin après avoir osé assumer leurs convictions.

Entre accoucher seuls, non pas par choix mais par dépit d’avoir été abandonnés par le paradigme médical, ou accoucher accompagné par quelqu’un qui croit en nous et nous supporte, je vous laisse décider lequel de ces deux scénarios est le plus sécuritaire pour ces couples qui ne veulent pas prendre des risques, mais seulement accoucher dans la conscience et le respect de leurs convictions.

Personnellement, j’adore ces femmes et ces couples qui osent repousser mes limites. Ils me rappellent à quel point je ne suis qu’un simple pion dans leur histoire d’enfantement, et qu’en fin de compte ce sont EUX les acteurs principaux de la mise au monde de leur famille.

C’est une excellente avancée pour le monde des naissances qu’en 2017 les femmes et les familles questionnent et même refusent de se soumettre aux limites (légales et personnelles) de leur médecin ou de leur sage-femme. C’est un signe que la conscience humaine évolue et que les femmes reprennent peu à peu ce qui leur appartient : leur pouvoir d’enfanter librement.

De plus en plus d’AVAC après deux césariennes.

En 2014, je me suis battue corps et âme pour une femme qui voulait accoucher chez elle après deux césariennes. Elle a tellement insisté cette femme, qu’elle a fini par gagner la confiance de mon équipe et accoucher chez elle avec ses sages-femmes. Malheureusement, la vie lui a joué des tours et son histoire d’accouchement a frôlé la catastrophe après qu’une latéroprocidence du cordon faille coûter la vie à son bébé.  Elle a eu une troisième césarienne et on a tous été fragmentés, même si son bébé est né en parfait santé!  Mais bon, shit happens et on n’a pas de contrôle là-dessus.

Ceci dit, il en va pas moins que suite à la persévérance de cette femme et les recherches que cela nous a imposé comme équipe, pour découvrir qu’au fond les risques associés à l’AVAC n’étaient pas beaucoup plus élevés après deux césariennes qu’une seule, il y a eu plusieurs femmes qui ont fait un AVAC après deux césariennes à la maison de naissance où je travaille.

Aussi, via les réseaux sociaux j’entends de plus en plus d’histoires d’accouchement avec sage-femme, parfois même à la maison, après deux césariennes. Même si parfois ces femmes ont une troisième césarienne, plusieurs réussissent leur AVAC. Dans tous les cas, peu importe l’issus, ces femmes ont eu la chance d’aller au bout de leur pouvoir et de leurs convictions, et ça, c’est extraordinaire et essentiel dans un tel « parcours obstétrical ».

« Freebirth is the new homebirth »

Ces mots prononcés par la sage-femme Whapio Diane Bartlett dans ses prédictions pour 2018 sont pour moi ceux qui annoncent le mieux les possibles du nouveau paradigme.

La naissance libre, qu’est-ce que c’est ? Est-ce que c’est forcément d’accoucher seule et sans assistance ? Pour certains, c’est ça. Mais à mes yeux de sage-femme, le terme freebirth, ou naissance libre fait aussi référence à un accompagnement inconditionnel où la femme enfante avec une liberté absolue et assumée.

Quand je pense à une naissance libre, je pense à M-J qui a vécu un « orgasmic birth », accueillie elle-même son bébé et sorti son placenta sans saigner, après un premier accouchement difficile et une hémorragie massive. Je pense aussi à J. qui a sorti elle-même son premier bébé en moins de dix minutes de poussées spontanées, après une quiétude (dilatation complète sans envie de pousser) de presque huit heures. Je pense à M. qui a fait un AVAC de moins de trois heures à 42 semaines et qui n’a pas saigné alors qu’elle avait eu une hémorragie massive lors de sa précédente césarienne. Et je pourrais continuer…

Évidemment pour les puristes du mouvement « Freebirth », ma présence de sage-femme qui moniteur et documente est tout à fait contradictoire. Je les comprends. Pour dire vrai, il m’arrive souvent de me dire que cette femme, ce couple, aurait très bien fait sans moi. Mais bon, je suis sage-femme et je suis au service des femmes et familles qui choisissent et souhaitent ma présence auprès d’eux.

Alors, pour moi « Freebirth is the new homebirth », est  le mantra idéal pour rappeler aux professionnels de la naissance qui sont soucieux de ne pas nuire à l’émancipation du couple qui enfante, que même s’ils savent « faire » des choses il ne faut pas « faire tout le temps », et à toutes les sauces. Ce un mantra qui rappelle qu’une bienveillante souvent suffit, surtout quand on travaille avec des femmes en santé qui ont une grossesse et un accouchement normal.

Je vais m’arrêter ici. J’ai dépassé de loin les 2000 mots habituels !

Sur ce, je nous souhaite à tous une merveilleuse année 2018. Si vous planifiez enfanter cette année, je vous souhaite la plus merveilleuse des grossesses et une mise au monde dans la conscience et la confiance la plus assumée et respectée.

Les femmes ont tout en elles pour accoucher leur bébé et le placenta qui vient avec. Ne l’oublions jamais.

Amour.

Kxx

Préparation à la naissance

 

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