“Comment on fait les bébés?”

Comment on fait les bébés?

Enfant, quand la question nous brûle les lèvres et qu’on ose demander candidement « Comment on fait les bébés ? »  On découvre parfois (pour ne pas dire souvent) que le sujet de la reproduction humaine semble gênant et peu accessible pour la petite pomme innocente que nous sommes.

À l’ère moderne, on grandit entourés d’idées préconçues à propos d’à peu près tout. Dans l’enfance, les conceptions et les réactions de nos proches  face à la vie, ses opportunités et ses enjeux, façonnent et influencent la personne que nous devenons en grandissant. Le fruit ne tombe jamais loin de l’arbre, et l’arbre fait partie d’une forêt. Ainsi, les sociétés se créent et teintent les couleurs de nos cultures.

L’importance d’une réponse authentique à la question « Comment on fait les bébés ? »

Si on a la chance d’être le fruit d’un arbre pour qui le processus de la reproduction est simple et naturel, la réponse sera claire et précise, sans gêne ni tabou, ce qui sèmera en l’enfant une conception naturelle et facile de la reproduction humaine.

Mais si l’on est un fruit tombé de la moyenne des arbres de l’ère moderne, il est fort à parier que la réponse à cette question-clé dans notre évolution, sera repoussée à plus tard, sous les airs d’un rire gêné.  Ou encore, elle sera donnée par petites brides au fil des ans, risquant alors de semer dans notre conscience d’enfant, une conception compliquée du geste le plus inné et puissant de notre nature humaine.

Une réponse avec des conséquences à long terme…

Je ne suis pas psychologue, ni spécialiste de l’enfance. Je n’ai d’ailleurs lu aucun ouvrage au sujet de l’enfance. En fait, je suis une maman très « freestyle » et j’avance dans la maternité avec mon intuition, mon gros bon sens et beaucoup d’humilité. Les propos qui suivront ne sont donc que le fruit de ma compréhension anthropologique et sémiologique (amateur) de la question, de ma propre expérience comme mère et bien sûre, comme sage-femme.

Ceci dit, je crois (et c’est pour ça que je tenais à écrire ce billet) que ce qui logiquement devrait être la réponse la plus simple du monde, venant assoir dans la jeune éponge de l’enfance une prémisse forte et assumée de la reproduction humaine, devient trop souvent le germe des peurs qui moduleront nos visions et nos choix concernant l’enfantement. Avant de continuer, laissez-moi vous citer ces sages paroles de Baudelaire :

La Nature est un temple où de vivants piliers

laissent parfois sortir de confuses paroles ;

L’homme y passe à travers des forêts de symboles

qui l’observent avec des regards familiers.

 Charles Baudelaire, Correspondances, Les fleurs du mal, 1857

Pourquoi  “Comment on fait les bébés?” sème autant de malaises?

Ce qui rend la réponse à cette question si malaisante, c’est la prédominance de nos peurs, malaises et gêne, associés à la sexualité et à la reproduction.  D’où notre manque de tact (qu’on pourrait presque dire “sociétal”), quand vient le temps de répondre à la plus naturelle des questions “Comment on fait les bébés?”

Une grande majorité d’entre nous avons grandi entourés de tabous et de sous-entendus, tant concernant la sexualité, dont le plaisir et les fantasmes sont vécus dans la gêne et le secret (voir la honte), que concernant la reproduction, dont les risques associés à la grossesse et l’accouchement prédominent sur la nature millénaire de ces processus des plus naturels.

C’est ainsi qu’on avance dans cette « forêt de symboles », et que dès l’enfance on découvre à tâtons, le malaise de la sexualité et le grand secret de la reproduction. Une réponse qu’on espérait simple du haut de nos quatre, cinq ou six ans, devient au fil du temps, un monde de possibilités semblant être des plus compliqués.

À l’adolescence, il y a la honte et le tabou des premières lunes (menstruations), la découverte de la sexualité par le web, où la soumission de la femme est une image dominante. Un jour, il y a les premières expériences de l’amour et de la sexualité, la première peine d’amour, les déceptions, les découvertes, l’émancipation…

Puis, la jeune fille devient femme, et le jeune garçon devient homme. Un jour arrive l’annonce d’une grossesse, où il va de soi de s’en remettre à une autorité médicale qui accouchera la femme, et sauvera sa vie ou celle du bébé. Et le cycle se répète, décennie après décennie.

Et si la fin de ce cycle (qui a assez duré!) passait justement par notre façon d’expliquer la reproduction à l’enfant?

Mon hypothèse n’est pas audacieuse, elle me semble seulement logique. En effet, je crois que si dès la petite enfance on parlait librement aux enfants de la reproduction et de l’enfantement, nous pourrions voir émerger toute une génération d’humains qui ont confiance à leur capacité innée de se reproduire et d’enfanter.

Il n’y a rien de plus simple et naturel que la reproduction. C’est un concept biologique très primaire. Chez l’humain, un homme et une femme se reproduisent au bon moment dans le cycle de la femme, et hop, il s’en suit une grossesse qui mènera à un accouchement. Pourquoi donc en faire tout un plat?

Dans la prochaine section de ce billet, je vais vous proposer quelques façons simples de parler de la naissance aux enfants.

« Comment on fait les bébés ? »

Il y a certainement mille et une façons de répondre à cette fameuse question, et le plus important est probablement de garder la réponse la plus simple et honnête possible. Pour cela, le meilleur truc à mon avis c’est de ne pas être gêné d’en parler.

Voici quelques exemples de réponses que j’ai moi-même déjà répondues :

Entre 3 et 5 ans, c’est souvent là que la question est posée. À cet âge leur compréhension est encore limitée, et ce qui les intéresse surtout c’est de savoir d’où ils viennent, l’origine de leur existence. Une réponse toute simple suffira.

« Quand une maman et un papa s’aiment très fort et qu’ils veulent un bébé, ils font l’amour et se donnent tout plein de bisous. Après un temps, le papa met une graine magique dans le ventre de la maman et la graine va rencontrer une autre petite graine magique qui attend patiemment dans le ventre de la maman. Quand les deux petites graines se rencontrent, elles sont vraiment contentes de se voir, alors elles se font elles aussi un câlin, plein de bisous, et ça fait un bébé ! Le bébé grandit et grandit dans le ventre de la maman, et quand il est assez grand, la maman fait sortir le bébé, par son vagin ! »

Un peu plus vieux, on ajoute des détails…

« Maman et papa s’aimaient tellement qu’ils avaient envie d’avoir un bébé et de l’aimer aussi grand que le ciel. Alors un soir, quand la lune brillait bien, on s’est fait un gros câlin d’amour. Quand le câlin avait duré assez longtemps, avec son pénis papa a mis une graine magique dans le vagin de maman. La graine de papa est allée trouver la graine magique dans le ventre de maman, et les deux petites graines se sont fait un câlin.  Le câlin t’a fait naître dans le ventre de maman. Tu as grandi et grandi, jusqu’à ce le ventre de maman soit si gros que tu décides de sortir, par le vagin de maman ! Quand tu es né, tu étais le plus beau bébé du monde et on t’a tout de suite aimé, aussi grand que le ciel, et encore plus. Tu vois comme c’est magique l’amour ! »

Et plus le temps passe, plus on ajoute de précision. La graine du papa, devient les spermatozoïdes, celle de la maman l’ovocyte. On peut expliquer le cycle lunaire de la femme.

« Savais-tu que la lune et les femmes sont connectées ? Tu sais quand maman saigne chaque mois, ça veut dire que maman à ses lunes… Par exemple, moi chaque mois, je saigne à la pleine lune, donc si je veux avoir un bébé, je dois attendre la nouvelle lune… »

On peut raconter l’accouchement…

« Dix lunes après la conception du bébé, le ventre de la maman devient si gros, que le bébé n’a plus de place et se décide à sortir. La maman accouche. Savais-tu que dans le ventre des mamans, il y a les muscles le plus forts du monde ? Ce sont les muscles de l’utérus, la maison des bébés. Seules les femmes ont le pouvoir d’enfanter et chaque humain sur terre provient du ventre de sa mère ! »

On peut parler de l’attachement…

« Quand tu es né, c’était le plus beau jour de ma vie. On t’a aimé tout de suite. C’était merveilleux. Je ne savais pas que le coeur pouvait aimer autant avant de te rencontrer. »

Bref, l’idée c’est d’en parler sans tabou, avec des mots positifs et précis. De sorte qu’au fil du temps l’évidence que la reproduction et l’enfantement sont des processus simples, naturels et incroyablement gratifiants, devienne un fait indiscutable pour l’enfant.

Vagin, pénis, vraiment?

Oui, vraiment ! Chez nous, on se dit les vraies affaires. On ne ment pas sur l’évidence. Les filles ont un vagin, les hommes ont un pénis, certains ont même les deux ! Mais ça, c’est un autre sujet.

On ne dit pas « zizi », ni « zézette », ni « féfesse ». Les bébés ne sont pas que le résultat d’un câlin de maman et papa. Ils sont le fruit de l’amour et d’une relation sexuelle, comme c’est le cas depuis que le monde est monde.

Ça ne veut pas dire qu’on parle de pénis et de vagin dès la première question « Comment on fait les bébés ? », ni que mes enfants ne sont pas gênés de dire pénis, fesse ou vagin, mais à la longue ça devient naturel.

Et puis je suis sage-femme, alors depuis toujours mes enfants entendent des récits de naissance gratifiante et voient des vidéos d’accouchement. Mes plus vieux m’ont même vu accoucher, à 3 ans, 8 ans et 11 ans.

Les mots à éviter…

N’allez pas répondre à un enfant du nouveau millénaire « Qu’il le saura quand il sera grand! » L’époque des choux et de la cigogne est résolue, les enfants ont besoin de connaître les prémisses de leur existence pour se développer sainement.  S’il vous pose la question, c’est qu’il est prêt à savoir. Et j’ose même affirmer que s’il n’en parle pas et qu’il est rendu à cinq, six ou sept ans, c’est notre rôle de lui apporter le sujet.

Utilisez les mots justes, pas zizi ou zézette, ça ne fait qu’alimenter le tabou. Évitez aussi les mots durs et négatifs.  Il peut être vraiment néfaste pour un enfant d’entendre dès sa petite enfance que l’accouchement est épouvantable et traumatisant.

Même si la naissance de votre enfant a été difficile et que vous en avez hérité d’un trauma de naissance, c’est votre devoir de parent de le protéger de cette lourde séquelle. Si c’est votre cas, je vous encourage à trouver de l’aide et des outils pour vous aider à guérir de votre accouchement traumatique. Vous pouvez d’ailleurs lire ce billet.  Je ne dis pas de cacher à votre enfant qu’il est né par césarienne. Mais avant de lui dire qu’il est sorti par votre ventre, racontez-lui d’abord tout simplement comment naissent facilement les bébés depuis que le monde est monde. Pour le moment, il veut juste savoir comment on fait les bébés. Il n’a même pas encore envisagé que la réponse puisse être compliquée !

Si vous n’êtes pas à l’aise…

Avouons-le, les enfants ont le don parfois de poser leur question à des moments inopportuns. Si c’est le cas, dites simplement « C’est une très bonne question, je vais te répondre plus tard, quand nous serons juste toi et moi. »

Si la question vous surprend et que les mots ne viennent pas.  Dites « C’est une excellente question, mais j’ai besoin réfléchir avant de répondre.” Répondez lui rapidement, dans l’heure idéalement!

Vous ne voulez pas que l’attente sème la gêne ou le doute, ou encore qu’il demande à la voisine dans trois jours. Parce que sachez que lorsqu’elle se pointe cette question, elle reste présente tant qu’elle n’a pas sa réponse.

Comment on fait les bébés?

C’est par la naissance que l’humanité s’éveillera.

Sur ce, je vous souhaite des belles jases, histoires, et discussions à propos de l’amour et de l’enfantement, avec chacun de vos enfants. Merci d’être des parents conscients de l’évidente capacité reproductive de notre espèce. Et aussi, merci de raconter la bonne nouvelle des pouvoirs infinis de l’ocytocine!

Leave a Reply 0 comments

190 Partages
Partagez190
Tweetez
Enregistrer