Grossesse surprise : Et si le moment était juste parfait ?

La grossesse surprise n’a ni âge ni statut.

À quinze ans, on nous dit qu’on est trop jeune pour avoir un enfant et que ça va ruiner notre vie. À vingt ans, c’est presque pareil. « Tu n’as même pas fini tes études ! » À trente ans, on met de l’avant la carrière et on se dit qu’on est trop endettés, qu’on attend d’avoir une maison, et quand on l’a cette maison on se dit que ce sera mieux après les rénos. Alors on se réveille à quarante ans et là on nous lance : « Mais tu es bien trop vieille pour avoir des enfants ! »

Y a-t-il seulement un bon moment pour avoir des enfants ? La réponse est simple : NON !  Le bon moment existe seulement dans l’idéal imaginaire qu’on s’en fait, et quand on persiste trop à l’attendre et bien on finit par ne jamais avoir d’enfants.

Les histoires de trentenaires avancés accomplis dans leur vie comme dans leur carrière, qui se butent à l’infertilité quand ils décident d’avoir un enfant sont de plus en plus fréquentes. Et quand au bout de nombreuses années infructueuses (et terriblement souffrantes) en clinique de fertilité, on finit par entendre : « Madame, vos enfants il fallait les faire à vingt ans ! » On en vient à comprendre que les enfants, ça se fait à travers le chaos de la vie.

« J’ai eu mes premiers enfants à vingt ans. J’étais pauvre et je n’avais même pas de diplôme. Au final, ils n’ont jamais manqué de rien et j’ai bien réussi ma vie. » — Julie, infirmière et mère de trois enfants.

« J’ai eu ma première fille à 16 ans, elle vient d’avoir son diplôme d’avocate. Je suis tellement fière d’elle ! » — Karine, naturopathe et mère de 4 enfants.

« J’ai eu trois enfants dans la vingtaine et mes jumeaux à quarante ans. À vingt ans, j’étais pauvre, mais j’avais plein d’énergie. À quarante ans, j’étais plus confortable certes, mais oh combien fatiguée ! » — Marie, agente de communication et mère de cinq enfants.

La plupart des familles se sont construites à travers l’imperfection de la vie et c’est parfait ainsi.  Il n’y a pas meilleur moteur pour la motivation de se construire un avenir qu’un enfant qui grandit.

Pensez-vous que les familles qui ont trois, quatre ou cinq enfants (bref cette espèce étrange qui se multiplie tous les deux ans) ont eu autant de bons moments pour procréer qu’ils ont eu d’enfants ? Certainement pas ! Pensez-vous que chacun d’eux était prévu ? Encore moins.

Le premier enfant quand il est une surprise et qu’on choisit de poursuivre la grossesse, il passe souvent assez bien et tout le monde fini par être contents. Le deuxième est logique puisque tout le monde sait que les enfants uniques s’ennuient (du moins, c’est ce que la plupart disent à l’âge adulte). Le troisième, même s’il est une preuve de courage aux yeux des familles avec deux enfants, il passe encore. En fait, trois enfants en 2018 c’est le « deux » des Baby Boomer dans les années 80-90. À quatre enfants et plus là par contre, vous n’êtes plus braves, vous êtes fous !

Dire qu’il n’y a pas moins de trois générations les femmes avaient encore huit, dix, douze enfants. Avant on reprochait aux femmes de ne pas en faire assez, maintenant on leur reproche d’en faire trop quand elles en ont plus que deux. Plus ça va, plus c’est pareil. Toujours les mêmes coupables !

Bien sur la contraception ça existe et c’est tant mieux, l’avortement aussi d’ailleurs. Ce blogue est pro-choix, j’espère que vous aviez compris. Or, une femme est fertile tous les mois pendant trente ans en moyenne. S’imaginer qu’on aura le contrôle sur sa fertilité pendant chacune de ces centaines de cycles, c’est être bien naïf ! Des bébés surprises avec un stérilet, la pilule, le condom et même après une vasectomie, je ne compte même plus combien j’en ai vu. Voulez-vous que je vous parle des bébés faits en dormant ? C’est peut-être mieux pas. Aussi bien parler de l’histoire de Jésus, Marie et Joseph tant qu’à y être !

Tout ça pour dire que les bébés quand ils veulent venir ils trouvent toute de sorte de chemins qui font qu’on se réveille un bon matin en urinant sur un bâton qui crie sans hésiter : SURPRISE !!!

Grossesse surprise

Quand un enfant s’impose comme une « bombe » qui vient chambouler tous nos plans de vie, c’est un choc bien légitime. D’abord le refus d’y croire, puis le deuxième et troisième test de grossesse qui crient encore la même vérité, pour finalement comprendre que c’est bel et bien vrai, qu’on attend un bébé et qu’on devra prendre une décision.

Selon les sources, l’incidence des grossesses imprévues tourne autour de 30% à 50% à travers le monde. Chez nos voisins américains, il se situe autour de 50%. (1)

Bien sûr (et heureusement), on a le choix, on peut avorter et « régler» la surprise dans une clinique d’avortement. Mais quand cette solution résonne comme un faux-pas avec sa destinée, on se fait tranquillement à l’idée que la « bombe » va peut-être changer notre vie à tout jamais, mais que le nouveau décor à toutes les chances d’être encore plus beau, dynamique et vivant.

Le choc de la surprise ne sera pas moindre, peu importe la décision de garder ou pas l’enfant. Dans les deux cas, l’histoire est réelle. Si on avorte, il est vrai que la  surprise  sera vite derrière, mais le deuil, le doute, la colère, ou toutes autres émotions de ce spectre peuvent quand même être très présents pendant plusieurs mois (mêmes années) suivant l’intervention. Alors que pour certaines l’avortement sera vécu comme une libération et la meilleure décision de leur vie, pour d’autres ce sera un drame existentiel.

Si au contraire on décide de garder l’enfant surprise, cela ne veut pas dire que la joie suit d’emblée la décision. L’ambivalence, le deuil des sacrifices imposés par la surprise, comme les impacts sur la carrière ou les nombreuses abstinences qu’impose une grossesse (alcool, sushis, sports extrêmes, etc.), de même que la colère contre son partenaire ou soi-même, les doutes et les peurs, sont aussi des spectres d’émotions possibles, et tout ceci est normal.

Si vous venez d’apprendre que vous êtes enceinte et que ce n’était pas prévu, prenez le temps d’accueillir cette nouvelle, et laissez-vous quelques jours, semaines s’il le faut, pour bien y réfléchir. Parlez-en avec votre partenaire, vos proches et amis de confiance. Choisissez bien vos confidents et surtout, évitez ceux-là que vous entendez déjà vous dire « Tu vas te faire avorter au moins ? » ou encore « Tu es certaine que tu vas être capable ? » La décision vous revient à vous (en premier) et (évidemment) à votre partenaire. Après tout, c’est vous seuls qui allez élever cet enfant, ou pas.

Je dis « vous en premier », parce que c’est vous (la femme) qui allez porter ou pas cet enfant. Dans un cas comme dans l’autre, c’est vous qui allez vivre l’avortement et vivre avec les souvenirs inscrits dans votre corps et votre coeur, ou encore, c’est vous qui allez le porter, l’accoucher, l’allaiter et le materner en proximité ce bébé. C’est vous qui allez mettre de côté votre silhouette (tout juste récupérée du dernier), votre projet marathon prévu l’été prochain et vos projets de carrière des deux prochaines années.

J’ai toujours dit à mon homme quand j’étais au début de mes grossesses : « Toi tu peux partir en courant si tu veux, moi pas ! »

Vous aurez compris que ce billet n’a pas la prétention de vous donner la recette magique du moment idéal pour procréer, au contraire. Ce billet est davantage un hymne à la vie et à ses surprises qu’elle nous impose. Dans la dernière année, j’ai fait la rencontre de plusieurs histoires de grossesses surprises, toutes aussi rocambolesques les unes que les autres.

J’ai rencontré une femme qui a découvert qu’elle était enceinte de son cinquième enfant à 34 semaines de grossesse ! Non, cette femme n’était pas obèse, non, elle n’était pas non plus déconnectée de son corps, seulement un gentil Thomas qui lui a joué un tour. J’ai aussi eu une ancienne cliente sous le choc de découvrir une cinquième grossesse deux ans après la vasectomie approuvée de son mari. Et je vous épargne le bébé stérilet, celui qui a persisté après la pilule de lendemain, ou celui fait pendant que madame avait ses lunes.

Bref dans la dernière année j’ai compris encore plus à quel point on n’a pas de réel pouvoir sur les vies qui décident de s’implanter en nous. Entre celles qui prient tous les saints pour concevoir et celles qui deviennent enceintes par un simple regard, la vie nous rappelle que l’humilité et la confiance sont les principales vertus pour découvrir les surprises que nous réserve notre propre destinée.

Et vous, vos enfants étaient-ils tous planifiés ?

(1) https://en.wikipedia.org/wiki/Unintended_pregnancy

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