Guérir un accouchement traumatique

Guérir un accouchement traumatique

Dans le monde des naissances, il arrive parfois que l’accouchement ne se passe comme souhaité, et même, qu’il tourne à la catastrophe. Pour devenir mères, les femmes s’abandonnent dans l’inconnu des naissances. Et parfois, pour survivre et sauver leur bébé, elles doivent mettre de côté leurs souhaits et leurs convictions. Alors, elles se font accoucher et subissent une par une les interventions qu’elles souhaitaient tant éviter. Pour certaines, cette expérience viendra s’inscrire en elle comme un accouchement traumatique.

On ne sort pas toutes indemnes d’un accouchement traumatique

​Alors que certaines personnes vont vivre le pire scénario avec une résilience qu’on croyait impossible, d’autres vont en garder un trauma au potentiel destructeur de leur identité tout entière.

Il n’est pas rare qu’après une naissance difficile, la mère se retrouve endeuillée de son accouchement, et dans un tel cas tout est possible. Déni, tristesse, difficulté à s’attacher, culpabilisation de soi ou des autres, dépression, perte d’estime de soi, sentiment d’échec comme femme… Dans un tel scénario, c’est que la nouvelle mère est en syndrome de stress post-traumatique. Un phénomène réel, et beaucoup plus répandu qu’on le pense.

Le devoir des professionnels face à un accouchement traumatique.

En tant que sages-femmes, doulas ou médecins, nous avons le devoir d’accorder toute l’attention nécessaire au vécu d’une femme en trauma de son accouchement. Pour l’avenir de cette femme et de sa famille, il devient primordial de créer un espace de guérison sécuritaire, où celle-ci pourra pleurer son accouchement et entamer sa guérison.

En offrant l’occasion à la femme d’exprimer son vécu, on lui donne la chance d’aller de l’avant, et de trouver une certaine paix avec son histoire. Par la suite, les chances pour son nouveau-né d’avoir une mère aimante, connectée et attentive, sont alors grandement augmentées.

Comme sages-femmes, ou doulas, nous avons le temps et la sensibilité de comprendre le deuil entourant une expérience de naissance difficile. Et si on se retrouve avec une mère qui vit un tel deuil, et qu’on se sent assez solide pour un tel accompagnement, on peut lui offrir un rituel de guérison.

Il nous suffira de plonger dans ce processus une première fois, pour constater la puissance et les bienfaits d’un tel rituel.

Un rituel de guérison pour un accouchement traumatique

Pour vivre un rituel, la femme doit se sentir prête à plonger dans la douleur de son accouchement traumatique. On guérit d’une telle expérience de naissance quand on est prête, et chacune l’est à selon son propre rythme.  D’ailleurs, certaines femmes ne voudront pas d’un tel rituel. Pour elles, l’accompagnement se fera autrement.

Le moment idéal pour guérir une naissance traumatique

Je pense que le moment idéal pour faire ce rituel se situe dans la fenêtre des trente premiers jours, alors que le bébé est encore un nouveau-né. Mais si la femme n’est pas prête, il vaut mieux attendre. Il ne faut rien forcer.

Le jour du rituel est planifié avec la femme. On lui a expliqué le déroulement et elle sait à peu près ce à quoi s’attendre. Elle a accepté de faire le processus.

Avant de commencer, on prépare la pièce. Pour ma part, le matin du rituel je vais marcher dehors et je me recueille. Je cueille des éléments de la nature, des feuilles, des fleurs, des branches… Je décore la pièce avec ces éléments, j’allume des chandelles, beaucoup de chandelles ! Elles parlent d’espoir avec leur petite flamme dansante.  Je ferme les rideaux, j’éteins les lumières…

Quand le cocon est prêt et sécurisé, j’invite la femme à entrer dans la pièce. J’aime bien mettre la musique à ce moment-là… je trouve que le dernier disque de Jorane, Mélopée, est tout approprié.

Parfois juste en entendant la musique et en voyant l’espace de la naissance à nouveau, la femme se met à pleurer. On ne dit rien. On lui a déjà expliqué avant. Elle sait qu’elle s’en va dans l’eau, à la rencontre de l’intensité, et qu’elle peut pleurer librement. On ne la jugera pas.
Pour commencer le rituel, le bébé est dans les bras de quelqu’un d’autre. L’idée de ce rituel est de recréer l’accouchement, alors le bébé n’est pas encore né! Je demande souvent aux aides natales pour m’aider avec le bébé quand je fais ce tel rituel à la maison de naissance.

La femme entre dans l’eau à son rythme. Elle est seule, avec son ventre vide, et ses seins remplis de lait. Elle est mère. Elle pleure. Souvent, elle va beaucoup, beaucoup pleurer…

Reprogrammer l’accouchement

Ce n’est pas toutes les femmes qui voudront, mais on peut reprogrammer l’accouchement. C’est une sorte d’hypnose instinctive. Évidemment, avant de faire ça pendant le rituel de guérison on aura pris le temps de détricoter l’histoire de naissance. Je vous donne un exemple de détricotage dans ce billet.

Quand on sent que le rituel est propice pour ça, que la femme est rendue là, on s’approche d’elle et on la ramène dans les sensations de l’accouchement.


“Sens-tu les contractions?”

“Sens comme ça tire en bas, c’est ton col qui s’ouvre…”

“Laisse-le s’ouvrir.”

” C’est ça. Ça marche! Tu le fais.”


J’ai vu des femmes avoir des vagues, par rythme, comme les contractions. On sent que ça monte, elle pleure, elle crie, elle respire, ça passe, on attend… Elle se repose, jusqu’à la prochaine vague.

À un certain moment, elle sent que ça pousse, son coeur est prêt à se libérer.


“Sens comme ça pousse fort dans ton corps. C’est ton bébé, il s’en vient!”

“Tu es en train de le faire! Tu le fais, comme tu le voulais…”

Instinctivement, elle se met à pousser.

Le réflexe d’éjection est là.

Il n’y a rien à dire, elle le fait.

“Oui, vas-y! Pousse là où ça fait mal…”

Oui! On voit ses cheveux… Vas-y ! Il arrive!”

Là, elle ne s’en est pas rendu compte, mais on a déshabillé bébé. Et dans la poussée ultime de libération,  on met le bébé dans l’eau.

“Il est là ton bébé !”

“Quand tu es prête, viens le chercher…”


Alors elle ouvre ses yeux et découvre son bébé. Elle le prend, comme elle aurait voulu le faire quand il est né.

Elle se reprend enfin, et cette fois-ci elle le fait comme elle le souhaite. Ça marche! Tous les possibles sont là. Le moment existe et c’est beau.

Certaines vont s’excuser à leur bébé que la naissance, et les premiers instants (ou semaines) de vie ne se soient pas passé comme elle l’aurait souhaité.


“Oh bébé, je m’excuse.”

“Je t’aime.”

“Je suis là.”


C’est un processus vraiment intense et très chargé émotivement.

Les guérisons se font une à une. Le partenaire est tout prêt. Parfois, il pleure aussi.

Plusieurs partenaires, à ce moment précis,  m’ont dit “Merci.” Un merci puissant qui veut tout dire. Un merci qui parle de son impuissance, comme partenaire, à créer cette guérison pour sa femme. Un merci soulagé, rempli de l’espoir que peut-être la vie sera plus douce maintenant.

Et moi je tiens l’espace.

Je suis tout près. Accroupie près d’un mur, assise sur le lit, en dehors du champ de vision de la femme, ou tout près d’elle à côté du bain… et parfois, je pleure aussi. Mais surtout, je “tiens” l’espace.

Je suis humilité. Je n’ai aucune mérite face aux merveilles qui viennent de se produire. J’ai simplement créé un espace, et je l’ai tenu. C’est la femme, son bébé et sa famille qui ont créé la suite. La lumière et l’amour qui règne maintenant dans la pièce sont le résultat de leur résilience à exister, après l’épreuve d’une naissance difficile.

Quand le calme s’installe à nouveau…

​À un certain moment, on sent que le processus est terminé, que la guérison a eu lieu. Si ce n’est déjà fait, à ce moment du rituel j’aime bien les encourager à mettre les fleurs dans l’eau, une après l’autre, tel un souhait.
Parfois, je commence et je dis un souhait au bébé, à la famille


“Je te souhaite d’être heureuse petite fille…”

J’aime bien mettre un pétale sur le troisième oeil du bébé quand je dis mon souhait.


Puis je les laisse continuer.

Tout est calme.

La mère est plus calme, ses épaules sont détendues, elle ne pleure plus.
Elle a l’air soulagée, libérée.
Le bébé est calme, il boit ou il a bu.
La famille est bien, en paix, unie.
Je sors de la chambre…

Après un temps, la femme et le bébé sortent du bain* et vont au lit, en famille.
On peut leur apporter une assiette de fruit. C’est un nouveau départ qui commence!

* À ce jour, je n’ai pas eu de processus où le père allait dans le bain avec la mère et le bébé, mais cela est possible évidemment.

Il n’y a pas qu’une recette pour guérir un accouchement traumatique.

Il y a certainement autant de façons de faire ce rituel de guérison, que de femmes qui ont besoin de le vivre ! Chaque femme, avec son expérience et son unicité, peut nous amener de nouvelles visions pour bien l’accompagner dans son processus unique.

Dans le dernier rituel que j’ai fait, j’ai ajouté le bain de vapeur vaginal avec l’entrée dans le bain, de même qu’un soin Rebozo à la sortie du bain. On pourrait aussi masser la femme, lui chanter des chansons… bref, il faut suivre ce que notre intuition nous murmure.

 

Guérir une naissance, c’est possible.

Mon idée d’écrire un billet sur la guérison de naissance difficile était de semer la conscience que même si on n’a pas le pouvoir sur le déroulement et l’issue d’un accouchement, et tous les traumatismes qui en découlent, il existe des outils pour nous aider à guérir. Quand l’esprit d’une nouvelle ère est en train de se noyer dans un trauma de naissance, on peut l’aider à retrouver la terre ferme et l’espoir des nouveaux horizons.

Je ne crois pas que chaque césarienne ou accouchement “intense” doit nécessairement faire suite à un rituel. Mais quand on se retrouve devant une femme en détresse, qui n’arrive pas à aller de l’avant avec son bébé et son nouveau rôle de mère, trop retenue dans le trauma de son expérience d’accouchement, alors il est primordial de créer une façon pour elle de laisser sortir ses larmes et vivre son deuil à fond. Le tout, dans le but ultime d’entamer une réelle guérison.

Tous ne sont pas chamans ou sorciers.

Si comme sage-femme (ou doula) vous ne vous sentez pas à l’aise d’offrir un tel rituel à une femme qui en aurait besoin, trouvez quelqu’un dans votre entourage qui serait prêt à le faire et faites-le ensemble. Faire un premier rituel de guérison avec quelqu’un d’expérience est une bonne façon de plonger pour la première fois dans la puissance des rituels de guérison.

Chaque doula ou sage-femme n’est pas forcément une “chamane” capable de tenir l’espace d’un rituel. Toutes ne sont pas prêtes à voir l’ampleur d’un esprit en train de se noyer dans la douleur. Les cris de détresse et de panique qui peuvent émerger du plongeon dans la douleur peuvent être surprenants. Il vaut mieux être averti, préparé, et assez solide, si on veut pouvoir tenir l’espace de guérison, et ne pas l’échapper. Puisque dans un tel cas, on pourrait aggraver les blessures du trauma de la femme.

Alors avant de vous improviser chaman ou sorcier, demandez-vous humblement si vous avez les nerfs qu’il faut. Et si la réponse est non, trouvez une grand-mère sorcière autour de vous et demandez-lui de vous guider

Si vous êtes au Québec et pas trop loin de l’Estrie, je vous conseille Esther Tétreault ou encore Jeen Kirwen, ce sont mes deux sorcières préférées en Estrie. Esther travaille avec le rebozo et les bains de vapeur vaginaux. Quant à Jeen, elle utilise soit les bains, l’hypnose, ou autre inspiration du moment.

Naissance traumatique

Et si l’accouchement remonte à quelques mois, ou années?

Si vous lisez ce billet plusieurs mois, ou même quelques années après votre accouchement, vous vous demandez peut-être s’il y a une autre façon de guérir la naissance après le stade du nouveau-né. Si vous êtes plutôt rendue avec un nourrisson, un bambin, ou même que vos enfants sont grands, sachez qu’il existe d’autres options pour guérir un trauma de naissance qui date.

La tente rouge

Les tentes rouges sont un espace sacré, où on se rencontre sous une tente, une cabane de couvertures, un tipi ou une yourte. On y va pour se libérer des traumas qui nous habitent. La plupart du temps, elles sont composées de femmes. Parce que le rouge est associé aux lunes de la femme, l’enfantement, et chacun de ses cycles de vie. Évidemment, les hommes y sont bienvenus.

On y va pour raconter son histoire et se libérer de son poids. Chaque fois que les femmes racontent leur histoire d’accouchement traumatique à une oreille bienveillante, elles se libèrent d’une couche de douleur de plus. Alors, imaginez raconter votre histoire à huit, dix, quinze personnes bienveillantes, et qui en plus, portent elles aussi un trauma ! Du coup, ça fait huit, dix, vingt couches de douleur de moins…

Après une tente rouge, on n’est plus seule à porter le trauma. Il est devenu un peu moins lourd, et on se sent encore plus loin de lui. Non seulement notre histoire on ne la porte plus seule, mais en plus on est devenu le porteur de l’histoire d’un autre.

Et si on s’organisait une tente rouge?

Le soin rebozo

J’adore le rebozo! Comme sage-femme, je m’en sers à chaque semaine avec mes clientes. Le plus souvent pendant la grossesse, pour dénouer les tensions du bassin. Mais aussi à l’accouchement, pour placer le bébé, stimuler les contractions, encourager bébé à s’engager, ou simplement soulager des douleurs au bassin. Je me sers aussi en postnatal pour refermer le bassin.

Mais il existe un soin spécifique Rebozo, où deux personnes (des femmes la plupart du temps) nous invitent à s’étendre sur quelques foulards.

Soin Rebozo

Accroupies de chaque côté, elles referment les foulards sur les différentes parties du corps, et après un temps ainsi refermés,  elles laissent doucement les foulards se réouvrir . On en revient libérée des tensions accumulées, autant dans son corps que dans l’âme.

Comme j’ai dit plus haut, pour moi le Rebozo au Québec, ça commence ici.

Le ‘yoni steam’ ou  bain de vapeur vaginal

J’ai le pot à bine de Jacqueline (ma grand-mère sorcière) dans ma vie depuis au moins les quinze dernières années. Je ne cuisinais jamais avec, mais je le gardais parce que c’était le pot à Jacqueline ! Puis un jour on m’a dit que je pouvais m’en servir pour nettoyer mon vagin et me reconnecter à ma féminité. Depuis, il a trouvé sa raison d’être dans ma maison, minimaliste.

Faites vous d’abord un mandala de plantes et de fleurs dans une assiette. Romarin, camomille, thym, pétales de rose, fleur de pissenlit, miel… Bref, ce qui vous inspire.  Mettez de l’eau bouillante dans le pot, ajouter les plantes et les fleurs, et maintenant, accroupissez-vous au-dessus du pot ! Aussi simple que ça.

Bain de vapeur vaginal

Tout au long du rituel, on plonge à la rencontre des sensations agréables associées à la vapeur et à l’aromathérapie des plantes. On peut se toucher, même se goûter… C’est un moment intime, voir sexuel si on le veut, avec notre yoni.

Après un accouchement traumatique, le bain de vapeur vaginal est excellent pour se nettoyer, se reconnecter à ses lunes, et se libérer de la négativité associée à un accouchement traumatique.

Dommage que Jacqueline soit partie. J’aurais aimé lui raconter combien son pot à bine m’aide à me recentrer sur ma divinité de femme!

Bain de vapeur vaginal

Leave a Reply 4 comments

480 Partages
Partagez480
Tweetez
Enregistrer