Honneur aux mères et aux femmes du monde

Honneur aux mères

Pour la fête des Mères cette année j’ai envie d’écrire quelques mots en l’honneur des mères. Il est encore tôt le matin et je suis assise sur le banc suspendu sous le balcon. Le soleil brille déjà chaudement à cette heure hâtive et je crois bien que c’est le premier matin en ce printemps 2018 où je trouve qu’il fait un peu chaud pour vrai. Je dis toujours que je suis née dans le mauvais pays pour être aussi frileuse!

C’est le dimanche de la fête des Mères et il fait beau en Estrie. Je suis seule ce matin et je bois donc mon café calmement en écrivant ces quelques mots, sans la petite dernière qui espère mille et une choses de moi! Bref, ça fait tout drôle ce silence inhabituel dans la maison et je me promets d’en profiter d’ici à ce que mon chéri revienne avec les enfants en début pm. On avait une fête d’amis hier soir et il est allé tout seul avec les trois. Du coup, j’ai donc eu plein de temps pour écrire mon nouveau programme d’enseignement que j’enseignerai en France pour la toute première fois en juin prochain!

Allez, je me lance, je m’arrête le temps d’un café au soleil pour faire honneur aux mères!

Honneur à celle qui n’arrive pas à devenir enceinte

Tout d’abord, honneur à ces femmes qui veulent tant devenir mères et qui n’y arrivent pas. Je ne vous oublie pas et je vous honore vous aussi aujourd’hui, pour votre persévérance à y croire et à continuer d’espérer quand chaque mois, le sang coule à nouveau entre vos jambes criant haut et fort que ce mois-ci, encore, votre bébé, celui-là que vous sentez pourtant tout près de vous en esprit, n’a pas encore trouvé son chemin pour faire son nid dans votre ventre. Honneur à vous qui vivez l’éternel recommencement de votre cycle menstruel.  I feel you.

Ça ne fait que deux mois que mon ventre est vide après avoir donné la mort à ma troisième fille, et l’attente déjà me parait interminable. Deux cycles sont passés et toujours pas de bébé… Oh, je ne me compare pas à vous. Loin de moi l’idée, mais, I feel you et je vous honore en toute première place chères femmes qui rêvent de devenir mère. Je vous souhaite de tout cœur que l’esprit de ce bébé que vous sentez autour de vous trouve son chemin et s’incarne pour faire de vous sa microchimère.

Honneur aux futures nouvelles mamans

Honneur à ces femmes qui enfanteront bientôt pour la toute première fois. Si vous êtes enceinte de votre premier enfant, la fête des Mères peut vous sembler encore impersonnelle, c’est normal.  Avouons-le, vous ne savez pas encore ce que c’est vraiment que d’être une maman.

Mais puisque déjà votre corps porte les promesses de la vie, cette journée en l’honneur des mères est pour vous aussi. Tout simplement, parce vous aussi, bientôt, vous serez décimée par le processus d’enfanter et devenir mère. Que le vouliez ou pas, quand vous accoucherez cet enfant que vous aimez tant déjà, vous allez être fragmentée et vous ouvrir comme jamais vous ne l’auriez imaginer. À votre retour, n’ayez crainte, les morceaux vont se recoller, vous allez vous reconstruire, mais vous ne serez plus jamais la même, vous serez une maman pour le reste de votre vie. Et pour cette transformation, fragmentation/reconstruction extraordinaire qui est sur le point de vous arriver, aujourd’hui je vous honore. Bientôt vous comprendrez intrinsèquement à quel point cet amour est immense et précieux.

Honneur aux mamans orphelines

Honneur à toi chère femme qui a perdu un enfant. Que ce soit pendant la grossesse ou après, je sais que cette journée en l’honneur des mères ravive cette perte. Je sais aussi que rares sont les chances qu’on pense à honorer ta maternité de cet enfant perdu. Pour ça aussi, je t’honore chère maman orpheline. Je ne l’oublie pas ton petit ange éternel et je reconnais que ta peine sera toujours là. On n’apprend qu’à vivre avec la mort d’un enfant, on ne l’oublie jamais. Jamais.

Honneur aux mères qui sont toujours dans le jus

Je pense ici aux mères qui élèvent présentement une trâlée d’enfants entre zéro et dix-huit ans. C’est là que je me situe moi-même en ce moment de ma vie. Je vous honore, chères mères avec votre broue dans le toupet. Vous, qui vous levez à toutes heures de la nuit pour allaiter, calmer une terreur nocturne, changer un lit mouillé. Vous qui, fatiguée et cernée, garder le sourire en souhaitant bonne journée aux enfants qui quittent pour l’école. Vous qui pliez du linge ad vitam aeternam, sans jamais résoudre l’équation de la vitesse à laquelle la pile de linge sale revient dans le bac à laver. Je vous honore les mamans pour qui vendredi égal taxi pendant les prochaines quarante-huit heures. J’honore vos vitres sales pleines de traces de doigts, votre auto poussiéreuse avec les vidanges de l’hiver qui trainent encore sous les bancs. Je salue votre entrée pleine de bottes, souliers et manteaux, vos planchers toujours un peu sales même après les avoir lavés la veille. Bref, je salue votre courage à accepter que la vie soit loin d’être parfaite comme sur Instagram et qu’au fond c’est bien mieux de même. Donnons-nous un peu de slack en cette journée des mères, et rappelons-nous qu’un jour elle va nous manquer cette pile de linge.

Honneur aux mères qui travaillent

Honneur à ces mères qui malgré l’intensité de la vie familiale, se lève plusieurs matins, ou nuits, par semaine et vont travailler. À vous, je vous honore et aussi je vous souhaite que plus les années passent plus vous arriviez à accepter que Its okay si votre enfant arrive échevelé à la garderie, avec des chaussettes pas pareilles et un outfit dépareillé ; que c’est correct si vos enfants apprennent à faire leur lunch dès que vous les sentez capables, que c’est même correct si vous mangez de la pizza congelée de temps en temps ; et que c’est normal d’être fatiguée et de le dire. Je suis cette mère all the way et je vois bien à quel point ce rythme de vie est souvent impossible pour se sentir à la hauteur. Laissons-nous le lousse d’être des mères parfaitement imparfaites, au moins aujourd’hui en cette journée des mères.

Honneur aux mères à la maison

Honneur à toi chère maman qui élève sa tribu jour après jour sans jamais quitter le domicile familial plus longtemps que pour faire une épicerie ou un cours de yoga. Je salue ta patience et ta constance. Je salue ta force à garder ta lucidité même dans ces journées interminables ou tu sens la folie qui te menace crise après crise des deux derniers qui semblent vraiment aimer le bacon !

Tu dis que tu m’admires de travailler et d’élever ma famille, mais si seulement tu savais combien moi je t’admire… La vérité c’est que j’aurais voulu être toi, mais l’appel était trop fort, et je suis devenue sage-femme. Finalement, j’ai un peu mis de côté mon propre idéal familial pour pouvoir être là à tes côtés quand tu enfantes ton quatrième, cinquième, énième enfant.

Si tu savais comme tu m’inspires chaque fois que je te vois avec ta tribu dans mon bureau, ou quand je te visite dans ta maison. C’est inévitable, quand je te vois je reviens chez moi complètement boostée de volonté à être plus présente pour mes enfants, et plus slack sur le ménage. Merci de m’inspirer à ce point chère maman à la maison. Je t’honore pour tous les sacrifices personnels que tu fais au profit de tes enfants et de leur enfance en douceur.

Honneur aux grands-mamans

Honneur à toi chère maman devenue grand-maman. Merci d’être là pour ta fille, ton fils, et tes petits enfants. Sans toi, être mère est encore plus difficile. Merci de ne pas juger les choix que tes enfants font pour leurs enfants. Merci de te rappeler qu’ils choisiront toujours ce qu’ils pensent être le meilleur pour leurs enfants, que c’est une loi universelle inspirée de l’amour parental.  Merci de te rendre disponible pour eux au besoin. Merci pour ton initiative à plier la pile de linge quand tu les visites, merci de nettoyer la cuisinière ou de laver quelques vitres au passage, merci d’amener les ados au cinéma, merci de payer un nouvel habit de neige au petit dernier qui a toujours le vieux linge des aînés !

En cette journée de la fête des Mères, je souhaite honorer ces grands-mères qui organisent un peu leur vie de mère et de femmes (à nouveau libres), autour de leur rôle de grand-mère. Si on peut un peu choisir le genre de mère que l’on est, je pense que l’on peut encore plus choisir le genre de grand-mère que l’on devient. Honneur à celles qui choisissent d’être là souvent et avec constance. Quelle chance ils ont vos enfants!

Je vois bien dans ma pratique de sage-femme combien l’expérience de maternité sera différente pour une maman de jeunes enfants qui peut compter sur sa mère. Je le vois aussi dans ma propre vie. Je réalise combien ce serait plus simple si la mienne était là, plus proche et disponible. Mais bon, j’ai choisi l’Estrie, j’étais consciente de la distance qui s’installerait entre nous, elle, et mes enfants, et je vais certes en payer le prix tout au long de ma maternité. À l’époque, j’étais loin de me douter qu’un de mes enfants serait un jour aussi malade et que j’aurais à ce point besoin de ma mère, mais bon, la vie est ce qu’elle est et on y fait face. On est toujours plus forts et capables que l’on pense !

Cela impose nécessairement une petite pensée pour ces grands-mères qui voudraient bien s’impliquer, mais pour qui la distance qui les sépare de leurs petits enfants les en empêche, honneur à vous aussi chères grands-mamans. Honneur à toi maman, si jamais tu lis ce billet.

Honneur aux mères d’enfants différents

Ça allait de soi, parce que tous les enfants sont différents certes, mais aussi parce que certains enfants sont réellement différents.

Je veux t’honorer toi la maman d’un enfant trisomique, autiste ou handicapé. Sérieux, I feel you plus que jamais, parce que depuis deux ans j’ai moi aussi un enfant différent.

J’en ai une aussi une vignette d’handicapés. On a aussi une marchette et bientôt une chaise roulante. Je sais ce que c’est de ne pas avoir de place dans le stationnement qui nous est réservé parce qu’un tata en parfaite santé nous l’a pris. Je sais même que certaines personnes ont la vignette d’handicapés, se stationnent et sortent de leur voiture en courant. Je n’arrive même pas à dire lequel des deux est le plus frustrant.

Bref, je t’honore chère maman pour ta capacité à tenir ta tête haute et sourire en poussant la chaise de ton enfant ou en l’amenant dans un événement où tous les enfants sont normaux, sauf le tien. Je t’honore pour ta capacité à retenir tes larmes et ta colère que tu canalises en calmant doucement les pourquoi c’est le mien et pas le leur.

Je t’honore pour ta force et ton organisation. Je t’honore pour ta résilience et ton espoir constamment ébranlé. Je sais combien l’espoir est essentiel, je sais aussi combien on peut sentir qu’elle est sur le point de s’éteindre à jamais.

J’honore ton intuition, celle-là qui dit presque toujours ce qui se passe avec ton enfant et ce dont il a besoin, avant que les spécialistes ne le disent ou ne le pensent. On oserait croire qu’au salaire et qu’aux primes qu’ils reçoivent c’est eux, les médecins, qui devraient passer des nuits blanches à chercher de quoi souffre notre enfant et comment le guérir, mais toi et moi savons que si on ne passe pas  des nuits à chercher sur les banques de données et les forums privés, où les photos d’enfants branchés de partout sont choses communes, on risque de se retrouver avec un diagnostic et un traitement erroné. Honneur à toi maman d’un enfant différent qui se bat pour que celui-ci reste en vie, en santé et qu’il ait une vie épanouie.

Si tu es comme moi, tu ne les aimes pas ces rides qui parlent de toutes ces larmes que tu as versées, mais aujourd’hui je t’invite à les honorer parce qu’elles témoignent de ta force et de ta résilience. Je te promets d’essayer moi aussi de les aimer, au moins aujourd’hui.

Honneur à toutes les femmes du monde

Je pourrais continuer encore longtemps à dresser la liste des mères que je souhaite honorer. Je pourrais citer les mères qui malgré la pauvreté matériel arrive  à offrir la richesse d’être aimé à leurs enfants, celles-là qui par magie leur permet de grandir en ne manquant de rien.  Je pourrais aussi honorer ces mères qui pour milles raisons possibles n’y arrivent tout simplement pas, osent reconnaître leurs limites et remettre leurs enfants à leurs proches,  ou même au système, le temps de se reconstruire et de se prendre en main. Je pourrais aussi parler de ces mères qui ont un enfant quand elles sont l’adolescentes et qui malgré leur propre statut d’enfant, réussissent à incarner la maternité aussi bien que toutes les autres.

La liste de mères à honorer est infinie, tout simplement parce que toutes les mamans sont uniques, avec en commun leurs histoires et leurs enjeux qui se ressemblent.

Je terminerai en rappelant que tout humain sur terre provient d’une femme qui l’a enfanté. Voilà certes une des plus grandes vérités humaines, aussi vraie que naître et mourir. Merci d’avoir lu ce billet jusqu’au bout, à votre façon, en l’ayant lu, vous venez vous aussi,  d’honorer toutes les mères et les femmes du monde.

Sur ce, je vous souhaite une merveilleuse journée des mamans.

AMOUR

K.xx

 

Karine la sage-femme

 

 

 

 

 

 

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