Honneur aux sages-femmes: il n’y a qu’une rivière, il n’y a qu’un océan

Le 5 mai, c’est la journée internationale des sages-femmes et cette année j’ai eu envie d’écrire un billet en l’honneur des sages-femmes. Au Québec, lors des assemblées de sages-femmes il arrive qu’on forme un grand cercle, qu’on se donne toutes la main et qu’on chante cette chanson :

Il n’y a qu’une rivière

Il n’y a qu’un océan

Qui coule à travers toi

Qui coule à travers moi

Nous sommes un, nous sommes une (Bis)

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There is only one river

There is only one sea

And it's flowing through you

And it's flowing through  me

We are one, we are one (bis)

(On chante deux fois chaque couplet)

J’adore cette chanson. Elle me fait penser aux femmes du monde qui enfantent. Au moment de désespérance dans le sommet du vortex de la naissance, quand la femme n’en peut plus et qu’elle doute de sa capacité d’y arriver (qu’elle demande l’épidurale si elle est à l’hôpital), et qu’alors, on lui rappelle qu’elle n’est pas seule. Qu’à travers le monde, à ce moment précis, des dizaines de milliers de femmes sont elles aussi en train d’enfanter et que via la toile de fil doré de la puissance des femmes, elles sont toutes reliées et fortes ensemble pour mettre au monde leurs bébés.

C’est ce que j’appelle une « phrase-clé ». Selon mon expérience dans 100% de cas, après avoir dit cette phrase, les femmes ont trouvé la force.

Quand je suis dans un cercle de sages-femmes et qu’on chante cette chanson, je me sens aussi unie à toutes les sages-femmes du monde, à toutes les femmes du monde, qui malgré nos différences de pratiques, de religions ou de convictions, avons toute une valeur commune : le bien des femmes qui enfantent et des bébés qui naissent.

Rituel sages-femmes à la maternité Groupe Mutualiste de Grenoble en juillet 2018. Bonne fête des sages-femmes la MUT ! Je vous aime! 

Le plus beau métier du monde

À mes yeux être sage-femme c’est le plus beau métier du monde. Le plus noble, le plus vrai, le plus cru, intense et radical. Ce n’est pas vraiment un métier en fait, c’est une vocation, presque une religion !

Quand on devient sage-femme, on choisit d’être au service des femmes et des familles. On choisit de croire en la capacité du corps des femmes à enfanter et à celle des bébés à naître.

Devenir sage-femme, c’est faire le sacrifice d’une vie simple où tu sais à quelle heure tu te couches et tu te lèves. C’est accepter que les jours où tu es de garde (d’astreinte) tu seras d’abord au service des autres familles plutôt que la tienne. Que parfois tu reviendras chez toi après trente-six heures debout et que tu n’auras qu’une envie, dormir. Même si tu n’as pas vu tes enfants depuis deux jours !

Être sage-femme, c’est dormir avec des bouchons d’oreille le jour. C’est revenir d’un accouchement tellement remplie d’ocytocine d’un accouchement extatique que tu sautes sur ton/ta chériE pour lui faire l’amour !

C’est porter plusieurs femmes et familles à la fois, allant de la famille « rose bonbon » qui te fait rêver de ta vie si tu n’avais pas été sage-femme, à la femme que tu viens de faire entrer dans un centre pour femmes battues parce que son homme l’a violentée à cinq jours postnatals.

Être sage-femme, c’est voir le beau de la vie comme le laid de l’atroce. C’est être capable d’incarner la grâce de la sagesse, que le bébé naisse vivant ou mort. C’est savoir rire et pleurer avec les familles, tant dans la joie, que le désespoir.

Être sage-femme c’est la capacité de porter l’espace de tous les possibles. C’est entendre tout haut ce que la femme ressent, sans conclure que sa vérité à elle est celle qu'on croit comprendre.

Être sage-femme, c’est croire en la vie et connaître le visage de la mort.  C’est perdre la naïveté de penser que toutes les naissances sont  belles. C’est savoir être une gardienne de la vie, la maladie et la mort.

Être sage-femme, c’est savoir parler aux bébés dans le ventre de leur mère. C’est sentir leurs vibrations sans conclure qu'on a raison. C’est valider l’intuition des mères et les guider pour la sentir quand elles n’ont pas compris comment.

Être sage-femme, c’est conduire des milliers de kilomètres par année et voir toutes sortes de familles et de maisons. Celles qui nous fait regretter nos propres choix et sacrifices (pour être sage-femme), comme celles qui nous font apprécier notre chance dans la vie.

Être sage-femme c’est chanter quand il n’y a plus rien à dire ou à faire. C’est calmer un père, une mère, ou un médecin apeuré, par un sourire qui rassure et qui dit en silence que tout va bien.

Être sage-femme, c’est faire les sacrifices qu’il faudra. Comme manquer le récital de son enfant ou les premiers pas de son bébé ou le réveillon de Noël (ce n’est que quelques exemples), pour être LÀ et AVEC les femmes qui enfantent et les bébés qui naissent.

Être sage-femme, c’est une chance, un honneur. C’est le plus beau et le plus dur métier du monde.

Être sage-femme, c'est vivre des moments comme celui-là...

Sages-femmes, unies, malgré les frontières

De la sage-femme africaine, à celle de la Sibérie, du Mexique, du Japon, du Liban, de la France, d’Australie…  Nous voilà nous, petite sage-femme québécoise, ou français, ou belge... nous qui avons grandi dans la ouate des privilèges de vivre dans un pays démocratique où il n’y a pas de guerres et où le droit à l’expression est acquis.

Me voilà moi, Karine, la sage-femme québécoise qui blogue sur la naissance, qui inspire des milliers de femmes et familles de par le monde chaque mois, et qui en dérange certainement quelques-unEs. Ici j'écrirai un gros LOL !

Mais la question n’est pas de faire l’unanimité, la question c’est de rester unies. 

Il n’y a qu’une rivière

Il n’y a qu’un océan

Qui coule à travers toi

Qui coule à travers moi

Nous sommes un, nous sommes une (Bis)

Restons UNIES et RAPPELONS-NOUS

En ce 5 mai 2019, j’ai envie de profiter de ma tribune de blogueuse pour dire aux sages-femmes du monde RESTONS UNIES et RAPPELONS-NOUS.

Il y a un dicton qui circule sur les réseaux sociaux qui dit « Nous sommes les petites-filles des sorcières qu’ils n’ont pas réussi à brûler ! » Ce dicton s’applique tout à fait aux sages-femmes !

En 2019, la spécificité des sages-femmes n’a jamais été aussi menacée. Le patriarcat domine plus que jamais dans l’histoire le corps des femmes, et pousse la médicalisation des sages-femmes partout dans le monde.

Dans plusieurs pays du monde les écoles de sages-femmes n’enseignent même plus la physiologie de la naissance, l’art d’être AVEC la femme qui enfante et de CROIRE en sa capacité de mettre au monde ses bébés et le placenta qui vient avec.

Au lieu, on apprend aux sages-femmes à « gérer » les naissances, à les « monitorer », à les « contrôler ». S’il est essentiel de savoir quoi faire en cas d’hémorragie ou de dystocie d’épaule, il est aussi primordial de savoir à quoi ressemble un enfantement respecté et physiologique. Ce qui est le cas, rappelons-le, dans la grande majorité des naissances.  

Au Québec, sur les plaques d’immatriculation des véhicules il y a écrit « Je me souviens « , c’est notre dicton provincial. En ce 5 mai de cette année, pour souligner la journée internationale des sages-femmes, j’ai envie d’honorer les sages-femmes pour leur spécificité à être aux services des femmes et des familles depuis que le monde est monde, et ce, bien avec que le patriarcat médico-moderne ne domine le corps des femmes qui enfantent. Rappelons-nous qui nous sommes et restons unies.  

J’ai la profonde conviction que les sages-femmes sont la solution pour renverser la médicalisation des naissances à l’ère moderne. Les femmes et les familles nous demandent partout à travers le monde. Elles souhaitent enfanter en femmes libres et fortes de leurs convictions, soutenues par leur sage-femme qui est là, effacée et présente, pour porter l’espace et agir au besoin.

Il n’y a qu’une rivière

Il n’y a qu’un océan

Qui coule à travers toi

Qui coule à travers moi

Nous sommes un, nous sommes une (Bis)

Restons unis et rappelons-nous, pour avoir la chance de vivre des moments comme celui-ci:

Ou celui-là:

Ou celui-là:

La biodiversité sage-femme

Il existe un drôle de phénomène parmi les sages-femmes et cela est constaté partout dans le monde. Les sages-femmes qui sont différentes se jugent et parfois se rapportent à la justice entre elles.

Le patriarcat et ses vieux systèmes de croyances nous ont tellement médicalisées qu’ils ont réussi à ce qu’on se nuise entre nous. J’ai souvent entendu des sages-femmes dire « Les médecins n’ont pas besoin de s’attaquer à nous, on s’attaque nous-même entre nous ! » C’est un phénomène aussi inquiétant que fascinant.

Comme si la monoculture de l’agriculture moderne s’appliquait aux naissances !

Tous les agronomes de ce monde vous le diront : la monoculture n’a rien de bénéfique. Le secret d’une agriculture optimale, c’est la biodiversité. Nous n’avons aucun avantage à vouloir que toutes les sages-femmes soient pareilles. Une pourra se spécialiser en approche hospitalière, l’autre dans les avortements, l’autre dans l’écriture (comme moi avec ce blogue) et l’autre dans les accouchements à domicile. Dans tous les cas, c’est génial !!! Restons unies et fières de notre biodiversité. 

Pour rester unies, il n’est pas question de faire l’unanimité. Par exemple, je sais bien que je ne plais pas à toutes les sages-femmes du monde, comme le fait que toutes les sages-femmes du monde ne me plaisent pas. C’est tout à fait normal. Les sages-femmes sont humaines, donc toutes différentes, c’est ce qui fait notre force quand nous restons toutes unies.

SeulE on va vite, ensemble on va plus loin !

C’est en restant unies que nous pourrons avancer vers un futur où les femmes qui enfantent seront célébrées dans leur biodivesité. C’est en restant unies et fortes de notre mission pour les femmes et les familles que nous pourrons créer l’émergence de ce nouveau paradigme de la naissance entre science et sacré, où les femmes enfantent et les bébés naissent, dans la conscience, la confiance et la sécurité d’un accompagnement sage-femme optimal adapté à l’individualité de chacun.

Rappelons-nous notre hymne sage-femme et chantons-là à nos filles le soir quand elles s’endorment.

Il n’y a qu’une rivière

Il n’y a qu’un océan

Qui coule à travers toi

Qui coule à travers moi

Nous sommes un, nous sommes une

Heureuse journée internationale des sages-femmes !

YoniFest 2014


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