Le trimestre de l’ocytocine, les trois derniers mois de la grossesse

À partir de vingt-huit semaines de grossesse, c’est le troisième trimestre qui commence, j’appelle ces derniers mois « le trimestre de l’ocytocine ». Ce sont ces dernières semaines de gestation qui feront en sorte que bébé grandit bien et finalise tous les petits détails avant le grand jour de sa naissance. Pour la femme, ce sont ces douze à quatorze semaines qui feront en sorte de préparer son corps, son cœur et sa tête en vue de la mise au monde.

Pourquoi le trimestre de l’ocytocine ?

Je dis « trimestre de l’ocytocine » parce que plus les semaines passent à partir de vingt-huit semaines de gestation, plus l’utérus de la femme va bourgeonner de petits récepteurs d’ocytocine, en vue de l’accouchement.

Le poids du bébé, son engagement dans le bassin, l’utérus de plus en plus distendu par le bébé qui grossit et la quantité de liquide amniotique qui augmente (avec la taille de ce dernier), la création du segment inférieur de l’utérus (par l’engagement du bébé dans le bassin) et la pression de la tête sur col de l’utérus sont les facteurs mécaniques et physiques qui vont faire en sorte que l’utérus va contracter de plus en plus à mesure que la fin approche.

Mais au-delà de ces facteurs mécaniques et physiques, pour que l’utérus contracte il doit d’abord et avant tout bourgeonner de petits récepteurs à l’ocytocine, cette hormone de l’amour sécrétée par pulsation hypophysaire (je vous explique l’hypophyse dans la prochaine section).

Ces petits récepteurs à l’ocytocine ne sont pas exclusivement hasardeux à ces facteurs mécaniques et physiques de la fin de grossesse, ils sont aussi émotifs-dépendants de l’état psychique de la femme. C’est-à-dire que plus la femme se sentira sereine, calme, confiante et satisfaite en fin de grossesse, plus elle bourgeonnera de ces petits récepteurs à l’amour.

Je vous invite à lire le billet « L’ocytocine, sa rivalité illustrée avec l’adrénaline » pour mieux comprendre comment ces récepteurs à l’ocytocine fonctionnent, de même que le billet « 5 raisons pourquoi les femmes enceintes ont tant besoin d’amour » pour saisir cette dimension émotivo-dépendante des récepteurs.

L’hypophyse, chef d’orchestre du trimestre de l’ocytocine

L’hypophyse est une glande essentielle située dans notre cerveau primitif (reptilien), ce qui veut dire qu’elle était là avant même le développement de notre néocortex qui s’est développée au fil de notre évolution et qui constitue maintenant 80% de notre cerveau.

L’hypophyse veille à notre survie en tant qu’humain et humanité, depuis que le monde est monde. C’est elle qui veille à la sécurité des enfantements depuis bien avant l’avènement de la médicalisation et de la technocratisation des naissances.

Puisque cette glande est située dans notre cerveau primitif, il va de soi qu’elle ne réagit pas avec raisonnement, mais bien par instinct. Je vous explique plus bas.

Au troisième trimestre, plus la femme bourgeonne de récepteurs à l’ocytocine plus l’hypophyse recevra le message d’envoyer des pulsations ocytociques à l’utérus, ce qui modifiera doucement de col de l’utérus (effacement/dilatation) et ultimement mènera à l’accouchement, à la naissance du bébé et du placenta, et à l’allaitement.

L’utérus, le temple yonique des femmes

L’utérus des femmes est le temple sacré d’où chaque humain sur terre provient. C’est l’organe de la création et de l’origine de la vie humaine. Il est intimement lié au cœur et à la psyché de la femme.

Au troisième trimestre de grossesse, plus la femme se sentira comblée et sécure, plus son utérus bourgeonnera de récepteurs ocytociques en vue de l’enfantement. Si au contraire la femme est stressée, apeurée et tendue, ses récepteurs ocytociques seront saturés d’adrénaline et empêcheront au processus de préparation et de déclenchement de la naissance d’avoir lieu de façon optimale.

C’est un processus primitif extrêmement logique (orchestré par le cerveau primitif) et c’est ce processus qui assure la sécurité de l’enfantement depuis le début des temps.

Pensez à la femme dans sa caverne il y a dix mille ans. Si son village était menacé par des prédateurs, elle se devait de ne pas accoucher avant que la sécurité soit revenue. Il en va de même encore aujourd’hui à l’ère moderne.

Karine la sage-femme

Or, que se passe-t-il à l’ère moderne pendant le trimestre de l’ocytocine ?

Outre les phénomènes instinctifs de nidification et d’hibernation, où la femme se coupe doucement du monde et prépare son nid en vue de l’arrivée du bébé, et les phénomènes physiques, mécaniques et primitfs expliqués plus haut, l’ère moderne, avec sa médicalisation des naissances, joue aussi un rôle dans ce trimestre de l’ocytocine, et malheureusement, elle nuit souvent à son bon déroulement.

Quand on écoute les femmes en fin de grossesse il n’est pas rare de les entendre dire « On m’a dit que mon bébé est trop gros » ou « trop petit », « Mon col est encore fermé », « Mon bébé est encore haut », « Mon médecin me donne encore une semaine sinon j’aurai une césarienne », « Ma date d’induction est dans trois jours, il faut que j’accouche, mais je n’ai aucune contraction… »

Bref, avec autant de situations anti-ocytociques il est normal que le taux de travail spontané de l’accouchement soit en baisse. Notre cher docteur, chercheur et auteur Michel Odent le dit dans tous ses livres, il y a de moins en moins de femmes qui accouchent spontanément à l’ère moderne et c’est très inquiétant pour la survie de notre espèce humaine.

C’est pour cette raison que j’appelle le dernier trimestre de la grossesse, le trimestre de l’ocytocine. Pour rappeler l’importance du besoin d’amour, de sécurité et de confiance des femmes qui s’en vont enfanter.

Comment favoriser le bourgeonnement de l’utérus au trimestre de l’ocytocine ?

Les professionnels…

En tant que professionnel de la naissance, il faut d’abord être conscient de notre pouvoir de distorsion (positif et négatif) de l’expérience des femmes et des couples qui s’en vont enfanter, et ce, particulièrement au trimestre de l’ocytocine.

Par « pouvoir de distorsion de l’expérience », je veux dire que nous avons ce devoir de protection ocytocique de la fin de grossesse. Si on pense qu’il y a matière à s’inquiéter, trouvons les mots pour préserver malgré tout une certaine douceur ocytocique. Si tout va bien, encourageons le processus par des phrases positives « Il va bien ce bébé… tout est favorable pour une belle naissance! »; « J’ai confiance que tu vas bien accoucher »; « Vois-tu comme ton corps fait tout bien les choses?! » « Tu le fais, ton corps fait tout bien, tu vas accoucher, ton bébé va finir par sortir, continues de bien te nourrir et te reposer et ça va le faire, dans quelque temps tu auras ton bébé dans tes bras. »; « J’ai confiance en toi, je n’ai aucun doute que tu vas réussir. », etc.

Tous les professionnels de la naissance devraient se demander dans quel état émotionnel la femme retourne chez elle après son rendez-vous avec nous. Ils devraient toujours penser à ses récepteurs ocytociques. Est-elle en train de pleurer dans son auto et de se dire qu’elle ira poser des questions dans son groupe privé Facebook, ou au contraire elle a envie d’aller prendre un bain et de faire une sieste ? Sommes-nous un professionnel de la naissance qui encourage le bougonnement ocytocique ou adrénergique?

suivi sage-femme

Les gens autour de la femme enceinte…

Si la femme en fin de grossesse se met à faire intensément son nid, supportez-là, aidez-là. Elle veut repeindre une pièce, faites-le ! Elle veut passer une soirée entre copines, offrez-lui de s’occuper des enfants ! Elle a envie d’une nouvelle robe ou d’une nouvelle paire de bottes, achetez-lui ou encouragez-là à se l’acheter !

Bref, faites tout ce que vous pouvez pour favoriser son sentiment de plénitude et de sécurité. Aimez-là, massez-là, dîtes-lui qu’elle est belle, que vous l’aimez, que vous croyez en elle…  Ainsi, vous l’aiderez non seulement à bourgeonner de récepteurs ocytociques, mais aussi à altérer de plus en plus sa connexion avec la réalité ordinaire. Je vous explique dans la section suivante.

La femme en fin de grossesse a besoin d’amour, de douceur, de confiance, elle a besoin de jouir de la vie et de son corps, même si parfois ce corps lui parait lourd et qu’elle n’en peut plus. Rien de mieux qu’un bon orgasme pour faire décrocher le mental et faire bourgeonner d’ocytocine ! Et si son partenaire est masculin, le sperme de ce dernier aidera aussi au processus de bourgeonnement via les prostaglandines qu’il contient. Magique!!!

Rappelez-vous ceci, quand un femme bougeonne d’ocytocine, en général elle accouche bien et dans sa toute puissance. Alors les familles naissent et s’agrandissent…

Le trimestre de l’ocytocine pour altérer la connexion avec la réalité ordinaire et favoriser le vortex de la naissance.

La destination ultime du trimestre de l’ocytocine est le vortex de la naissance, c’est la finalité inévitable de la grossesse. Plus la femme bourgeonnera d’ocytocine, plus ses chances d’entrer en travail spontanément seront grandes, c’est physio-LOGIQUE !

Rappelons-nous ceci, les femmes enceintes ont besoin d’amour et de confiance, de réassurance et de sécurité pour mettre au monde leur bébé. C’est donc un devoir sociétal pour la survie de notre capacité d’enfantement en tant qu’espèce humaine de tout mettre en œuvre pour favoriser le bourgeonnement de l’utérus des femmes enceintes au trimestre de l’ocytocine, et ce, tant comme simple citoyen que comme professionnel de la naissance.

À mon tour de vivre ce trimestre de l’amour…

C’est avec ce billet que je vous annonce que je suis officiellement entrée (pour la 4ème fois de ma vie) dans mon trimestre de l’ocytocine, et c’est avec une joie immense et une douce plénitude que j’entame (embrasse) ce processus d’hibernation et de séparation du monde.

J’ai officiellement terminé de travailler comme sage-femme sur le terrain des accouchements et des formations et je vous avoue que le début ce trimestre de l’ocytocine arrive à point.

J’ai envie de me couper du monde et de nidifier intensément. J’ai envie d’écrire seule chez moi au petit matin pendant que tout le monde dort. J’ai envie de bonne bouffe et de faire l’amour avec mon chéri. J’ai envie de voir des amies et de danser, d’honorer mon ventre rond comme la mère Terre. J’ai envie d’aimer et de vivre doucement à travers l’hiver qui cette année me promet un bébé de février.

Je vais continuer de bloguer (n’ayez crainte !) et de correspondre avec les familles de ma préparation virtuelle à la naissance. J’ai aussi quelques petits projets en cours, mais tout sera doux et secondaire à ce processus prioritaire d’hibernation qui commence officiellement avec la publication de ce billet sur le trimestre de l’amour.

With all my love, Karinexxx

Karine la sage-femme

Leave a Reply 3 comments