L’hygiène naturelle infantile: comment faire?

Collaboration spéciale Ariane Blais-Lacombe

Dans mon dernier billet (ici), je vous ai présenté l’hygiène naturelle infantile, une méthode douce et progressive d’éducation à la propreté qui peut être pratiquée dès la naissance. Je vais maintenant satisfaire votre curiosité en vous expliquant comment adopter cette pratique ancestrale et l’adapter à votre quotidien de parent moderne. Il s’agit d’un résumé de la méthode développée par Andrea Olson de Go Diaper Free

Pour parvenir à pratiquer l’hygiène naturelle infantile, il faut d’abord apprendre quand offrir le pot et comment offrir le pot. Il est préférable de s’adonner à quelques séances d’observation nu (le bébé... pas vous!) afin d’avoir une meilleure connaissance des signaux et du rythme de votre enfant et d’établir des bonnes bases de communication avec lui. Voyons tout ça.

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Quand offrir le pot ? 4 voies vers le pot 

Précision : « offrir le pot » est une expression équivalent à « aller aux toilettes ». Il n’est pas nécessaire d’utiliser un petit pot, ni une toilette pour proposer à votre bébé de faire ses besoins. C’est vous qui déterminez ce qui constitue un contenant ou un lieu approprié pour cela. Plusieurs familles utilisent un pot de crème glacée (vide, bien sur!), leur lavabo ou même leur cour arrière pour pratiquer l’HNI.

Nous disposons de quatre outils pour déterminer s’il est approprié d’offrir le pot à notre enfant. Ceux-ci sont les signaux, les moments-clés, le rythme et l’intuition. Pour consulter une liste quasi-exhaustive des éléments composant ces catégories, demandez ma trousse de départ gratuite (ici). Elle contient un aide-mémoire des plus complets.

Les signaux 

Les signaux utilisés pour manifester l’envie d’aller aux toilettes varient énormément, non seulement d’un bébé à l’autre, mais même chez un bébé au fil de son développement. Le bébé va utiliser ses moyens habituels de communication pour aviser ses parents qu’il veut faire pipi ou caca. Les nouveau-nés vont habituellement être très vocaux, ils vont crier ou pleurer pour manifester leur inconfort. Une fois mobile, le bébé peut ramper vers le pot ou la toilette pour communiquer son envie. L’apprentissage du langage, habituel ou des signes, aide également le bébé à se faire comprendre.

Il est bon de savoir que les changements d’état peuvent signaler une envie. Un bébé tranquille qui s’agite subitement est peut-être inconfortable à cause d’une vessie pleine. Un bébé qui s’arrête de jouer et tombe dans la lune se prépare peut-être à faire un caca. Ces signaux peuvent évidemment manifester beaucoup d’autres choses, d’où l’importance de faire une séance d’observation pour bien connaître notre bébé.

Avec les plus vieux, les signaux deviennent évidents. Le bambin agrippe ses parties génitales, voire enlève sa couche. Il s’accroupit dans un coin ou sous la table (classique!). Il va aussi se tortiller et faire sa « danse du pipi ». Dans ces situations, on n’hésite pas et on amène l’enfant à la toilette. Si l’enfant s’était isolé, on s’assure de lui laisser son intimité en quittant la salle de bain, ou du moins en détournant le regard.

Finalement, les bébés n’ont pas tendance à faire leurs besoins lorsqu’ils sont portés dans les bras ou dans un porte-bébé. Notre espèce est bien conçue : les petits ne souillent pas ceux qui s’occupent d’eux! Ainsi, il est facile de repérer les besoins lors du portage : bébé se cambre vers l’arrière, nous repousse avec ses mains ou ses pieds, s’agite et chigne. Il souhaite simplement s’éloigner de nous afin de ne pas nous faire dessus. Merci bébé!

Bien que les signaux constituent notre outil le plus commun, il y a des bébés qui ne manifesteront jamais leur envie, ou qui le font d’une manière tellement subtile qu’il est impossible pour le parent de la capter. Heureusement, ces parents disposent de trois autres outils pour pratiquer l’HNI.

Les moments-clés 

J’aime beaucoup les moments-clés. À mon avis, c’est l’un des outils les plus faciles et les plus pratiques. On n’a pas à se casser la tête, si le moment convient, on y va! Les moments-clés sont des instants typiques où enfants comme adultes sont susceptibles de vouloir se vider la vessie.

Quelques exemples de moments-clés sont au réveil, pendant ou après un boire, avant le bain, pendant les transitions (avant de quitter un lieu ou en arrivant à destination). Aussi, comme les bébés se retiennent lorsqu’ils sont « contenus », on a avantage à offrir le pot avant de mettre notre bébé dans la poussette, la coquille, le porte-bébé, la chaise-haute. S’ils y passent quelques temps, on peut leur offrir le pot à nouveau en les sortant de ces endroits.

En effet, les bébés ne semblent pas avoir tendance à faire leur besoin pendant qu'ils dorment. Sauf en cas de très longue période de sommeil. Il est donc judicieux de leur offrir le pot dès le réveil. Quand on commence l'HNI dès la naissance, ça ressemble beaucoup à une tétée sur le pot car réveil veut souvent dire tétée + besoins... Avec le temps la tétée se distance un peu plus des pipis et cacas.

Karine la sage-femme

Il est tout à fait possible de pratiquer l’hygiène naturelle infantile en s’appuyant uniquement sur les moments-clés. C’est ainsi que j’ai procédé pendant quelques mois, alors que les signaux de mon fils étaient en transition et que nous pratiquions l’HNI à temps partiel. J’offrais au réveil (le matin et après ses deux siestes), avant d’embarquer dans l’auto ou dans la poussette, avant les repas et avant le bain. Avec ces quelques visites à la toilette, je le gardais au sec une bonne partie de la journée, sans me casser la tête. Une fois qu’on intègre la pratique à notre routine, l’enfant s’y habitue et nous aussi.

HNI

Le rythme naturel 

Le rythme constitue l’espacement naturel entre les pipis et les cacas. Je dirais qu’il est bon d’avoir une idée du rythme de notre bébé pour ne pas trop offrir et savoir quand offrir. Si on sait que notre enfant fait pipi aux demi-heures ou aux heures, il ne sert à rien de l’amener au toilette deux fois en quinze minute, même si les moments-clés fonctionnent. En amenant trop souvent le bébé au pot, surtout au mauvais moment, on risque de le tanner et d’entrainer un refus d’utiliser le pot.

Tout comme avec les signaux, le rythme varie beaucoup d’un enfant à l’autre et même chez le même bébé, à différent moments de la journée. Un enfant peut faire pipi trois fois d’affilée le matin au réveil, mais ensuite passer de longues périodes sans avoir besoin. Il n’est pas inhabituel pour un jeune bébé de faire pipi aux dix minutes pendant ses périodes d’éveil. N’essayez pas de tous les attraper, cela risque de vous fatiguer tous deux. Acceptez d’attraper moins mais d’attraper mieux, c’est le meilleur conseil que je peux vous donner.

L’intuition

En dernier lieu, quand on pratique l’HNI, il ne faut pas négliger notre petite voix intérieure qui dit : bébé a peut-être envie d’aller aux toilettes. Sans qu’on sache trop pourquoi et comment, notre intuition nous offre parfois des indices importants sur les besoins de notre bébé.

Même chose pour les autres enfants de la famille, qui sont parfois très connectés au plus petit. Les enfants peuvent être d’une grande aide lors de la pratique de l’HNI, autant pour savoir quand amener bébé que pour faire des démonstrations. « Montre à ton petit frère comme tu fais pipi sur le pot! » Il est important de valoriser les enfants plus vieux dans leur rôle de modèle. Cela permet aussi d’éviter une régression de la propreté chez les aînés, ce qui est fréquent lors de l’arrivée d’un nouveau bébé dans la famille.

L’observation 

Pour apprendre à détecter les rythmes et signaux de notre bébé et établir les bases de notre Elimination Communication, il est recommandé de faire quelques séances d’observation AVANT de commencer à offrir le pot. Je recommande deux à cinq séances, qui peuvent durer d’une heure à une demi-journée. C’est vous qui verrez quand vous aurez assez d’information et de confiance pour vous lancer dans la pratique.

Notez qu’il n’est pas impossible de commencer l’hygiène naturelle infantile sans faire d’observation. Cette dernière aide cependant à mieux offrir le pot, à mieux choisir ses moments. En commençant de manière aléatoire, on risque d’amener le bébé aux toilettes trop souvent et au mauvais moment, ce qui peut à la fois le frustrer et le rendre confus sur ce qu’on attend de lui. Bref, à tenter avec prudence.

L’observation peut aussi être répétée à n’importe quel âge pour découvrir les signaux qui évoluent à mesure que notre enfant grandit. C’est aussi un excellent moyen de résoudre un refus d’utiliser le pot (un obstacle fréquemment rencontré par les familles pratiquant l’hygiène naturelle infantile, aussi appelé pause du pot ou grève du pot).

Le principe de l’observation est assez simple. On laisse bébé nu, de préférence, sur une alèse ou une vieille serviette. On observe à quelle fréquence il fait pipi/caca et quels signaux il envoie avant de faire ses besoins. S’il est impossible de laisser bébé nu, on lui met une protection minimale, comme une couche plate ou une culotte d’entrainement en coton, afin de repérer rapidement qu’il a uriné.

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Quand bébé fait ses besoins, on dit le mot ou le son qu’on souhaite associer à l’élimination. Ça peut être « pipi », « caca », « popo », « pssst », un sifflement, un claquement de langue, etc. On peut également apprendre le langage des signes. Ces associations sonores nous permettront plus tard, lorsqu’on offre le pot, de dire à bébé : « c’est le bon moment, fais tes besoins ».

Pour faciliter vos séances d’observation, utilisez mon tableau créé à cet effet disponible dans ma trousse de départ.

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Comment offrir le pot? Les positions ​

Lorsqu’on fait l’éducation à la propreté avec un enfant de 18 mois et plus, on se demande rarement « comment » offrir le pot. On lui propose de s’asseoir sur son petit pot ou sur la toilette à l’aide d’un siège réducteur et le tour est joué!

Cependant, lorsqu’il est question d’un nouveau-né mou comme du jell-o, doux comme de la soie, fragile comme de la porcelaine, on ne sait pas trop comment le manipuler. Voici donc quelques positions et conseils de manipulation.

Le confort avant tout

L’important lorsqu’on cherche une position pour faire l’HNI, c’est le confort de tous les gens impliqués, autant le bébé que le parent. Trouvez une position où bébé est bien soutenu et se sent en sécurité. Il doit être confortable pour se relâcher complètement. Faites attention aux matières froides (rebords du pot, bol de toilette) qui peuvent surprendre le bébé auparavant bien emmitouflé.

Comme vous savez si vous avez lu le premier billet de cette série de deux, on a commencé avec un pot de crème-glacée Coaticook! Au  début c'était drôle mais au fil du temps les rebords sont devenu gênants et j'avais toujours peur de grafigner mon bébé. Après un mois de patience et dévouement, on a finalement commandé le pot chapeau!

Karine la sage-femme

De même, pour le parent, assurez-vous que la position est confortable pour vous, car vous pourriez avoir à attendre quelques minutes avant que votre bébé se décide à faire ses besoins. Vos bras sont-ils assez forts pour supporter votre bébé de 15 livres? Votre dos est-il assez musclé pour vous pencher au dessus de la toilette? Bref, faites attention à vous aussi.

Positions : mon top 3

Le pot chapeau

Le pot chapeau  est à mon avis un accessoires incontournable si on veut commencer l’HNI dès la naissance ou lors des premières semaines de vie. Ce petit pot spécialement fait pour les nouveau-nés permet d’asseoir le bébé confortablement pour faire ses besoins. La plupart viennent avec un protège-pot pour le confort de leurs toutes petites fesses. On tient généralement le pot chapeau entre nos jambes, en position assise. Au début, on peut tenir le bébé en position de la Madone, comme pour les boires. Avec le temps, un bébé curieux va apprécié d’être face vers le monde, bien accoté contre le corps de son parent.

L’évier 

Proposer à notre bébé de faire pipi ou caca dans l’évier offre plusieurs avantages. D’abord, vous en avez déjà un ou deux chez vous à votre disposition. Je vous rassure, ce n’est pas aussi dégueulasse qu’on peut le croire! L’évier se rince et se lave très facilement. Comme le caca des bébés allaités est hydrosoluble, il se défait dans l’eau.

L’évier a aussi l’avantage d’être à une bonne hauteur pour offrir le pot sans vous casser le dos. Dans la salle de bain, vous avez peut-être un grand miroir qui vous servira autant à faire des clins d’œil à votre bébé qu’à voir si un gros caca s’en vient. Si vos bras se fatiguent, utilisez une débarbouillette pour déposer les fesses de votre bébé sur le rebord de l’évier.

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Marine Hardy Photographe et Thainy Macedo, doula et consultante HNI à Bruxelles 

La toilette​

Évidemment, vous pouvez aussi utiliser votre toilette, et ce, de plusieurs manières! En vous assoyant au fond du bol, vous créez un petit espace pour placer votre bébé juste devant vous. Vous pouvez mettre un linge sur la lunette si elle vous parait froide. Il est également possible d’asseoir bébé seul sur la toilette ou de le soutenir au dessus de celle-ci.

HNI

Personnellement, je fatigue vite à tenir bébé en haut de la toilette et je n'arrive pas toujours à m'assoir confortablement avec lui avec encore les reste de mon poids de grossesse! Je préfère mon petit banc devant la toilette, c'est plus ergonomique selon moi.  Je vous mets une photo pour vous montrer. 

Karine la sage-femme

Avec un bébé plus vieux 

Quand bébé commence à se tenir assis, les positions pour l’HNI deviennent beaucoup plus simples. On peut l’installer sur son petit pot ou sur la toilette avec un siège réducteur, avec ou sans notre soutien. Il est important de surveiller son bébé en tout temps s’il est encore en âge de tomber.

La position classique HNI est également pratique à tout âge. On prend l’enfant par les cuisses et on l’accote bien sur notre corps. L’enfant est soutenu en position accroupie, les fesses plus basses que les genoux. C’est d’ailleurs la position physiologique que tout le monde, enfants comme adultes, devrait adopter pour faire ses besoins. 

Avec cette position, l’adulte peut se tenir debout, assis ou accroupi. On peut l’utiliser au dessus d’une toilette publique ou en plein air, dans un parc, derrière un arbre, etc.

Conclusion​

En somme, la pratique de l’hygiène naturelle infantile demande un investissement de temps pour s’informer sur la méthode et s’adonner de préférence à quelques séances d’observation. Ensuite, nous disposons de quatre outils pour savoir quand offrir le pot. Il s’agit des signaux, des moments-clés, du rythme naturel et de l’intuition. Il nous faut trouver une position confortable et adaptée au développement de notre bébé pour lui offrir le pot.

Ensuite, à nous la gloire!

L’HNI nous permet d’utiliser moins de couches et d’approfondir notre lien d’attachement avec notre bébé, en communiquant mieux avec lui et en répondant pleinement à ses besoins.

Si vous avez des questions sur l’hygiène naturelle infantile ou si vous aimeriez entendre le témoignage de parents pratiquant cette méthode, je vous invite à rejoindre le Groupe Facebook HNI Québec. Il s’agit du groupe de soutien virtuel associé à ma page Le petit pot plus tôt – HNI Québec .

Merci Ariane pour ces deux billets sur l'Hygiène naturelle infantile. Tu as décris parfaitement ce bel art de communiquer avec nos bébés au-delà de l'allaitement et la relation de proximité. Depuis que j'ai découvert ce nouvel art de la parentalité je me demande encore comment j'ai pu faire autrement aux trois autres! 

Karine la sage-femme


Ariane

Blais-Lacombe

Ariane est une jeune maman passionnée de périnatalité. Elle s’intéresse particulièrement à l’hygiène des bébés, en offrant des cours d’hygiène naturelle infantile (HNI) et d’éducation à la propreté. C’est elle qui est derrière la page Le petit pot plus tôt – HNI Québec. Elle confectionne également des couches lavables en laine recyclée sous le nom de Mouton Moutaine https://hni.quebec/

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