Sage-femme (du système) au service des femmes et des familles.

Sage-femme du système

 

Je suis une sage-femme (radicale*) du système de santé québécois, et j’arrive maintenant à dire, que j’en suis fière ! J’ai assez bûché pour y arriver, comment ne pas l’être? Well, pour ma part avant de pouvoir dire que je suis fière d’être une sage-femme du système, j’ai dû passer par toutes sortes d’étapes, dont la colère, la frustration, et les grands doutes existentiels. J’explique mon cheminement à travers ce billet.

* J’élaborerai “radicale” un peu plus bas dans le texte.

Ma petite histoire

J’avais vingt-et-un ans quand j’ai décidé de devenir sage-femme. Je n’avais ni ma chimie de cinquième secondaire ni mes préalables du cégep. Je vivais de l’aide sociale, et j’allaitais fièrement le plus beau bébé du monde !

Karine la sage-femme

Je suis donc partie du début, j’ai fait mes préalables un par un, au fil des ans et des bébés. Entre-temps j’étais devenue herboriste, accompagnante à la naissance, massothérapeute et professeure de yoga. J’étais bien que trop orgueilleuse pour rester sur l’aide sociale plus que six mois !

J’ai commencé mes études de sage-femme et j’avais déjà assisté à plus d’une vingtaine de naissances, la moitié étaient des naissances libres, à l’époque on appelait ça des “naissances non-assistées”. J’avais vingt-six ans quand j’ai commencé le bac, et j’ai terminé à trente-et-un.

Mon diplôme,  je l’ai obtenu à force de sacrifices et de détermination. J’ai longtemps dit que le bac était les pires années de ma vie! Je crois qu’on peut dire que par moments, on a connu la petite misère. J’ai bien reçu une des prestigieuses bourses nationales d’excellence, et j’avais des prêts et bourses, mais au final j’ai quand même dû m’endetter (à fond) pour y arriver. Avec trois déménagements, une maison écologique dans le fond des bois (impossible à vendre à Monsieur et Madame tout le monde!),  je n’ai pas eu d’autre choix.  J’en ai donc pour les vingt prochaines années à tout rembourser, mais ça m’est égal parce que je fais le plus beau métier du monde!

Être sage-femme, c’est être « AVEC » les femmes.

 

Même si la légalisation de la pratique sage-femme est arrivée avec tous ses enjeux à l’égard de l’authenticité sage-femme, moi je sens que même dans le système je suis 100% au service des femmes.

C’est vrai qu’au début de ma pratique je me suis laissée emporter par la colère de l’encadrement. Je me suis révoltée comme une petite ado qui croit avoir tout compris. Puis les naissances et la vie m’ont amenée à comprendre ce que veut réellement dire le mot « humilité ». J’ai appris à honorer mes ancêtres, à remercier mes grands-mères sages-femmes, celles qui se sont battues et sacrifiées pour que moi je puisse vivre aisément de cette magnifique vocation.

Après quelques années de pratique rebelle et frustrée, je me suis reculée, j’ai fait une pause, et j’ai apprivoisé la vie, ma vie, ma réalité, comme sage-femme, comme femme, et comme mère.

Pendant un temps, j’ai quitté le système. J’étais contre lui, fâchée, révoltée, offusquée… Puis un jour, grâce aux femmes, à leur confiance et à leurs bons mots, j’y suis revenue.

Bien des choses ont changé entre Karine la sage-femme d’avant, et Karine la sage-femme de maintenant. Mais je crois que l’élément clé est cette paix que j’ai faite avec le système. J’ai accepté les rôles et les responsabilités qui me sont attribuées, par mon titre privilégié, et j’ai choisi de les accorder à ma dévotion envers les femmes et leur famille.

 

J’ai choisi d’être une sage-femme du système, et d’être au service des femmes avant tout!

 

Je ne limite pas mes clientes dans leurs choix, ni ne leur impose quelconque directive, venant d’ailleurs que notre bon jugement partagé et éclairé.

Je ne transfert personne sous prétexte d’une loi limitante, ou de la peur de celle-ci. Quand la décision de transférer et d’aller chercher l’aide d’un médecin se présente, nous la prenons ensemble d’un commun accord, non pas par peur d’une poursuite, mais par nécessité.

La sage-femme avant et après la légalisation

J’entends souvent les femmes dire que les sages-femmes ne sont plus ce qu’elles étaient, et je pense qu’elles ont raison quand on écoute certains de leurs témoignages qui parlent clairement d’une pratique sage-femme défensive. Mais honnêtement, moi, dans mon équipe, dans ma pratique, ce n’est pas ce que je vis, ni ce que je vois des autres sages-femmes que je côtoie.

J’ai déjà été tentée par une pratique défensive, dirigée par la peur des poursuites, mais pour moi ça n’a pas fonctionné. Je me suis brûlée et j’ai ramassé en chemin mille déceptions de femmes transférées et déçues, parce que j’avais eu peur. Peur de quoi déjà ? Je ne sais plus trop!

Avec le temps et l’expérience, vient l’aisance d’assumer le large spectre de la normalité des naissances. Je ne prends pas plus de risques, je ne pousse pas les limites de la loi, je suis simplement à l’écoute du rythme physiologique unique à chaque femme qui accouche.

J’ai appris la patience, le contact avec l’invisible, la présence, le senti, l’intuition. J’ai appris à entendre les bébés naître. J’ai appris à accepter que certains ne veuillent pas naître à la maison, ou à la maison de naissance, et à dire à la femme « Je pense qu’on arrive à la limite de ce lieu-ci, que maintenant on devrait aller l’hôpital. »

Curieusement, avec le temps, les transferts ont diminué, et diminué. Il n’y en a que quelques-uns par année, et chacun est largement nécessaire.

La sage-femme,  un guide vers le “Genius Birth”

Je crois qu’avec le temps, j’ai appris à guider les femmes qui accouchent vers ce que la sage-femme australienne Kathleen Fahy appelle le « Genius Birth ». C’est-à-dire, un accouchement où la femme reste la principale actrice des décisions et actions tout au long du processus. Ainsi, elle peut accepter plus facilement l’issue, qu’elle soit positive ou négative.

J’ai encore tellement à apprendre, et je ne sais pas combien de temps je vais pratiquer activement comme sage-femme. J’ai choisi d’y aller une garde à la fois. Ainsi, les mois passent, puis éventuellement les années.

Je ne sais pas si je serai encore là l’an prochain, ni dans cinq ans ni dans vingt ans. Mais je suis là maintenant, AVEC et POUR les femmes et leur famille, avant le système, ses lois et son ministère de la santé.

C’est pareil pour ce blogue. Pour le moment, il est en ligne. Le fil du temps nous dira comment il évolue, ou pas.

Je ne suis pas une sage-femme rebelle, je l’ai déjà été, mais je ne le suis plus. Je ne déjoue pas les lois, je respecte le règlement, je le comprends. Le système, je l’accepte depuis que j’ai appris à danser avec lui, sur les sons de la symphonie des femmes qui accouchent.

Accoucher dans le vortex de la naissance

Je suis une sage-femme du système et j’assume fièrement ma radicalité, en travaillant POUR et AVEC les femmes.

 

Avec les naissances et le temps, j’ai découvert que pour  me tenir debout dans ma profession et rayonner de mon authenticité sage-femme, je dois simplement rester connecter aux racines et à la nature véritable de ce magnifique métier millénaire… Depuis, tout est beaucoup plus simple.

Le système, un bon deal finalement !

Après tout, comme plusieurs dans le métier,  je suis une Birth Junkie! Pour être heureuse dans la vie, j’ai besoin d’un certain débit d’accouchements, sinon quoi je ne suis plus moi-même,  je ne vibre pas pareil.  Et le débit d’accouchements, le système me le donne. Donc au final, être une sage-femme dans le système, pour moi, c’est un excellent marché!

sage-femme du système

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